Le Casino Municipal de Redon

grandcasino

Article publié le 19 mars 2013
Marie-Claude Bouchet

Sous l'impulsion de la municipalité de Frédéric Garnier, Royan connaissait un développement accéléré. Depuis que le chemin de fer avait fait son entrée en gare de Royan en 1875, la clientèle de la station s'était élargie et diversifiée. L'agglomération s'étendait à de nouveaux espaces : Pontaillac, le fief bordelais définitivement annexé, le Parc devenu un lotissement conquis sur la dune et les pins. Le petit tram Decauville, inauguré en 1890, allait bientôt relier tous ces quartiers. À cette ville agrandie, embellie, modernisée, à ce nouveau Royan, il fallait un nouveau casino. Et puis la politique s'en mêla et l'esprit partisan. Après les querelles de clochers, voici la guerre des casinos. Celui de Foncillon, taxé de conservatisme et accusé de trahir l'idéal républicain, implanté dans le « haut Royan », bastion d'une clientèle fortunée et peu soucieuse de l'intérêt public devait faire place à un casino « républicain » au service de tous. C'était du moins la thèse ardemment défendue dans la Gazette des Bains de Mer par Victor Billaud, qui ne craignait pas de brûler ce qu'il avait naguère adoré. Malgré injures et procès, le projet prit corps rapidement. La souscription ouverte connut un succès immédiat et les travaux furent entrepris en janvier 1895, à l'ancienne place du Champ de Foire, sur des terrains appartenant à la ville, face à la Grande Conche, à mi-chemin entre la gare et le port. C'était enfin la revanche du « bas Royan ».
À l'architecte Gaston Redon, frère du peintre Odilon Redon, on avait recommandé de «  ne lésiner ni sur l'espace ni sur les proportions ». Il s'empressa d'obéir et ce fut un édifice grandiose qui sortit de terre en quelques mois, le plus grand casino de France, avec une façade de 80 mètres de long. Le pavillon central, surmonté d'un dôme, abritait la salle de musique et de bal. Il était flanqué de deux ailes où l'on trouvait les cercles de jeu, le restaurant et les salles de lecture. Mais le summum était atteint avec, à l'arrière de la nef centrale, la salle de théâtre dotée d'une très grande scène et d'une importante machinerie. Le décor était surabondant : des marbres polychromes, des ors, des fresques aux vives couleurs. Ce « casino républicain » était comparé par Victor Billaud, à Versailles, rien de moins. À l'extérieur, une immense terrasse de plus de 200m servait aux divertissements de plein air, avec un guignol, un kiosque à musique et des plates-bandes.
L'établissement fut inauguré le 1° août 1895, avec une opérette de Louis Varney, Les Mousquetaires au Couvent et en septembre de la même année, Sarah Bernhardt s'y produisit dans la Dame aux Camélias d'Alexandre Dumas. Victor Billaud rendit compte du triomphe obtenu par cette représentation : «  Une foule considérable était massée à l'entrée des jardins et la salle de spectacle était comble. La grande artiste a été acclamée et couverte de fleurs. Après chaque acte, le rideau a dû se relever plusieurs fois... ». L'actrice reviendra à plusieurs reprises au Casino Municipal.
A côté des représentations théâtrales ou lyriques, des grands bals mondains, le casino organisait aussi des distractions plus populaires, des fêtes de Charité. Dès 1896, il présenta le cinématographe inventé l'année précédente. Il subventionnait aussi les Sociétés sportives et des associations de bienfaisance. Tous ces programmes coûtaient cher, ainsi que le rachat en 1899 du Casino de Foncillon par la Société du Casino Municipal devenue Société des Casinos, guettée à son tour par le déficit. Mais jusqu'à la guerre de 1914, les deux casinos symboliseront l'apogée de Royan, station balnéaire réputée dans la France entière et en Europe, non seulement pour ses charmes naturels mais pour les distractions offertes aux visiteurs. Par exemple « en 1903, 30 opéras ou opérettes, 60 comédies, 9 concerts classiques, 9 de musique de chambre, des bals d'enfants, des kermesses et 10 grands bals ». Cependant le casino de Foncillon ferma ses portes en 1909, à cause d'une loi sur les jeux qui occasionna une baisse sensible des profits.
Après la guerre de 14-18, le Casino Municipal, d'un entretien coûteux et insuffisamment adapté au nouveaux goûts de la clientèle, était au bord de la faillite, lorsque, en 1930, Émile Couzinet, entrepreneur de cinéma, distributeur et exploitant de salles, en prit la direction. Remis à neuf et modernisé, le casino renoua avec la prospérité, sous l'impulsion de Couzinet qui y ouvrit un dancing, un café et développa le cinéma au Gallia Palace. Il y multipliait les Galas : Fêtes des Fleurs, Concours d'élégance, Fêtes de l'Enfance ...pour attirer Royannais et touristes. Mais le 3 septembre 1939, après une brillante saison malgré la tension internationale, ce fut à nouveau la guerre. Le casino Municipal et les hôtels furent réquisitionnés pour accueillir les réfugiés affluant du Nord et de l'Est ainsi que de la capitale. Au Casino Municipal, des séances de cinéma étaient réservées à la troupe. Des films de propagande nazie ou antisémite y furent projetés. Cependant, les distractions étant rares, le cinéma, le dancing et le café glacier étaient toujours fréquentés par la population locale, malgré la présence des uniformes. Le 5 janvier 1945, lors du bombardement de la ville, le casino municipal, qui avait été avec le casino de Foncillon, la fierté de la station et le symbole de sa réussite, n'est plus qu'un squelette décapité au milieu des décombres.

 

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