La Libération de Royan avril 1945

Si vous avez manqué le début...

Le bombardement du 5 janvier 1945 a détruit la ville de Royan et fait de nombreuses victimes civiles sans atteindre les fortifications allemandes. Au lendemain de ce drame, les FFI assiègent donc une ville qui n'existe plus, protégée par des défenses intactes et par une garnison ennemie déterminée. La ville devient l'enjeu d'une libération finale et définitive du territoire français.

Libération Royan panneau

La réorganisation des troupes

Maintenant que les opérations offensives n'ont plus lieu que sur le front d'Allemagne, des détachements de l'armée française peuvent venir appuyer les FFI devant Royan. Il faut alors organiser les Forces Françaises du Sud-Ouest en vue de l'attaque. Le 25 mars 1945, le Général de Larminat, commandant le détachement d'armée de l'Atlantique dissout le commandement des Forces Françaises du sud-ouest. Il crée une division Gironde aux ordres du Général d'Anselme. Elle comprend :

  • un groupement nord aux ordres du colonel Granger qui attaquera sur l'axe Médis, Belmont, Royan.
  • un groupement sud aux ordres du Général Adeline qui attaquera sur l'axe Musson, St Georges de Didonne, Pointe de Vallières.
  • une brigade Oléron aux ordres du Général Marchand qui débarquera sur la rive sud de la Seudre

Les FFI seront appuyés par

  • le 4e régiment de Zouaves
  • le 4e régiment de Spahis marocains
  • le bataillon de marche n°2 (noirs de l'Oubangui)
  • le 6e bataillon de tirailleurs nord-africains
  • une partie des chars, de l'artillerie et du génie de la 2e DB.
  • 2 escadrons de chars du 13e dragon
  • la 13e brigade d'artillerie américaine
  • un régiment de canonniers marins
  • la force navale de haute mer aux ordres de l'amiral Rue qui comprend entre autres le cuirassé Lorraine et le croiseur Dusquesne. Sa mission est de détruire les batteries lourdes de Royan.
  • les forces aériennes qui comprennent 100 avions français sous les ordres du Général Comiglion-Molinier et des formations américaines. Leur mission est de détruire les ouvrages et les batteries ennemies et d'interdire tout mouvement ennemi entre La Rochelle, Royan, La Pointe de Grave.

Tout est prêt pour l'attaque qui portera le nom d'opération "Vénérable". Elle comporte 3 phases

  • Le samedi 14 avril, jour K : conquête des avant-postes sur la crête : Semussac, Château de Didonne, Musson, Trignac, Médis, Brie.
  • Le 15 avril, jour D : attaque du réduit de Royan
  • Les 16 et 17 avril, jour D+2 : nettoyage de la Presqu'Île d'Arvert.

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ORDRE GÉNÉRAL N°7 DU GÉNÉRAL DE LARMINAT DONNANT L'ORDRE D'ATTAQUE DE LA POCHE DE ROYAN LE 13 AVRIL 1945

Le moment est venu de faire sauter la forteresse ennemie Royan-Grave. Les moyens matériels sont réunis, le succès de l'opération ne dépend plus que de l'audace et de la sagesse des chefs, de la valeur et de l'intelligence des soldats.
L'ennemi est solidement retranché et puissamment armé. Tout porte à croire qu'il se défendra courageusement.
Soldats FFI du Front de l'Atlantique, votre heure est venue. Vous recevrez l'aide des camarades chevronnés de la Division Leclerc et de l'artillerie américaine. Montrez-leur, montrez à la France, que vous savez vaincre dans une bataille en règle.
Soldats, aviateurs, marins, vous vous battrez pour libérer un coin de notre sol. Mais vous vous battrez surtout pour dégager le port de Bordeaux, indispensable à nos importations, pour que les Français mangent à leur faim, l'hiver prochain. C'est une part notable de la renaissance du Pays qui est entre vos mains, pensez-y.

Signé : De Larminat

ZOOM SUR LA 2E DIVISION BLINDÉE DU GÉNÉRAL LECLERC.

Lorsque le général de Larminat réclame le soutien de la 2e DB pour l'Opération Vénérable, le général Leclerc s'y oppose, refusant d'éloigner ses troupes de la campagne d'Allemagne. Il ne peut cependant empêcher le général de Gaulle d'ordonner la mise à disposition d'une partie de ses troupes sur le front de Royan. Le général Leclerc refuse de prendre la tête des éléments qui participent à la libération de la Poche et délègue le commandement au général de Langlade. Cependant, il se rend sur le front pour être auprès de ses hommes et, le 15 avril, lors de l'attaque du réduit de Royan, il assiste aux opérations depuis l'observatoire du Pouyaud à Médis. Pris sous un tir d'artillerie, il échappe de peu à la mort alors que plusieurs officiers autour de lui sont blessés ou tués comme le commandant Jean-Marie de Person et le lieutenant Roger Fraysse. Dès le 18 avril, la division s'organise pour remonter vers l'Allemagne et ne pas manquer la capitulation.
La 2e DB était une unité presque mythique. Elle comptait également dans ses rangs des célébrités comme Jean Moncorgé, alias Jean Gabin, qui s'était engagé, en 1943, dans les FFI avant de servir comme chef du char Souffleur II du 2e escadron du régiment blindé de fusiliers-marins appartenant à la 2e DB. C'est ainsi qu'en avril 1945, il participe à la libération de la poche de Royan puis à la campagne d'Allemagne qui le conduira au Nid d'aigle d'Hitler à Berchtesgaden.

L'attaque du 14 avril 45

Elle commence à 6 H 35 après une préparation d'artillerie.
Le groupement nord de la division Gironde occupe Médis à 9 h 30, Pouyaud et Puyravault à 10 h 45, Brie à 12 h 30. Bilan : 119 prisonniers ; Pertes : 31 tués, 75 blessés
Le groupement sud occupe le Château de Didonne à 8  h 35, Semussac à 9 h 15, Trignac à 11 h et Musson à 12 h. Les objectifs étant atteints, l'offensive se porte sur Meschers à 12 h 30, la ville n'est prise qu'à 18 h 30. Bilan : 150 prisonniers ; Pertes : 13 tués et 50 blessés. De 9 h 30 à 12 h l'aviation n'a pas cessé de bombarder l'ennemi, 3 200 tonnes de bombes ont été déversées.

L'attaque du réduit de Royan - 15 avril

À 8 heures, le bombardement recommence avec 1350 avions. De plus sont lancées pour la 1re fois des bombes au napalm. Un correspondant de guerre de l'agence France-Presse :"Pour la 1re fois des bombardiers lourds ont lancé de gros bidons remplis d'une substance extrêmement inflammable qui se répand sur le sol et brûle tout sur un espace de 69 m2. 726 000 litres de ce liquide ont été déversés sur les points d'appui allemands. Son effet est semblable à celui des lance-flammes utilisés par les forces terrestres".

Le groupement nord attaque sur l'axe Médis-Belmont-Royan.
L'attaque de Belmont, racontée par l'Amiral Meyer. "La crête de Belmont est un coteau boisé, formant un éperon entre des marais inondés. Elle est protégée par des chaînes de casemates bétonnées, des armes automatiques, des mines. Pour aborder la position, il faut franchir 2 km de dépression."
"L'aviation alliée avait déversé sur la position pendant 2 jours 4 000 tonnes de bombes et 30 000 obus, mais elle paraissait encore intacte. L'assaut est donné par le 4e régiment de zouaves, plus un escadron de chars lourds et une unité de choc de la 2e DB. Il y aura 3 vagues d'assaut. Par bonds, les soldats atteignent la crête. Chassés de leur tanière par les grenades lancées par les embrasures, les Allemands se rendent à 16 H30.
"

Le groupement sud dépasse St Georges-de-Didonne à 15 h 20. À partir de 19 h, les liaisons sont faites entre les groupes dans Royan et St-Georges-de-Didonne.

Le nettoyage de la presqu'île d'Arvert - 16 et 17 avril

La division Gironde se divise en 4 groupements : ouest, est, nord et sud. L'attaque est déclenchée à 6 h 30

  • Le groupement ouest occupe Vaux à 10 h 30, Saint-Augustin à 12 h, Les Mathes à 13 h.
  • Le groupement est perce une brèche à 15 h à Fontbedeau, atteint Étaules à 19 h 30 et arrive devant la Tremblade à 21 h.
  • Le groupement nord continue le nettoyage de Royan et enlève l'ouvrage de Jaffe à 15 h.
  • Le groupement sud atteint la mer à 11 h après avoir nettoyé le bois entre Saint-Georges et Royan. Le réduit de la Pointe de Vallières est occupé à 13 h.

La brigade Oléron comprend un groupement nord, un groupement sud.

  • Le groupement nord débarque, au Mus du Loup, sur la Seudre à 7 h 45 et occupe la Tremblade à 10 H.
  • Le groupement sud débarque sur la rive gauche, plus au sud,, entre Chaillevette et Avallon, à 7 h30 et occupe à 14 h une tête de pont large de 5 km et profonde de plus de 2 km.

Ce jour-là, le Général De Larminat envoie au Général de Gaulle le message suivant : "Royan est pris et nous entreprenons le nettoyage de la presqu'île - Nous progressons dans la pointe de Grave - Le boche se défend partout. Excellente coopération de l'aviation et de la force navale. Les FFI se battent comme des anciens Respectueusement".

Les journées des 17 et 18 avril - Les redditions

Le réduit de la Coubre subit des bombardements d'artillerie et d'aviation. La brigade Oléron nettoie la partie nord de la Presqu'île.
"À 11 h 15, le blockhaus de l'amiral Michahelles à Pontaillac est attaqué. La réaction est vive mais à 12 h 35 apparaît un fanion blanc. À 12 h 40, Michahelis et son état-major se constituent prisonniers. Le Général d'Anselme décide alors d'engager des pourparlers de reddition dans la pointe de la Coubre. Le commandant allemand du réduit de la Coubre obtient un délai de 12 heures. Le 18 avril à 8 h les troupes allemandes se rendent." (Récit du colonel Adeline).

LE RÉCIT DES REDDITIONS - EXTRAIT DES NOTES DE L'ASPIRANT BREZILLOU DE L'ÉTAT-MAJOR DE LA 2E DB

Mardi 17 avril

Réveillé en sursaut à 7h par nos pièces qui tirent.... Je me lance dans la pagaille des préparatifs d'état-major. Trente officiers discutent de choses différentes dans la même pièce... Toute cette science, tous ces calculs, tout ce travail... pour faire massacrer du monde!
Nous partons à une heure, il me faut courir partout pour rassembler les véhicules. Comme nous commençons à quitter le village (le 16 avril, le PC s'est déplacé de Jaffe à Saint-Augustin), les obus commencent à tomber. Nous nous engageons bientôt dans un chemin sablonneux et terriblement encombré. Dans la poussière, je perds la plupart de mes éléments que je ne retrouve que bien plus tard à la ferme Joubert... Devant les batteries Gironde, nous sommes dans un cul de sac par suite de l'énorme cratère d'une bombe d'avion... Va-t-on envoyer des parlementaires (à Michaelles)? L'heure H est sans cesse retardée...Le colonel m'informe que je vais partir en parlementaire avec le sous-lieutenant Sauvagnat (NDLR : il part pour obtenir la capitulation du capitaine Drevin commandant de la batterie (GI 36) de la Coubre). À 18h, le tir d'artillerie cessera, nous partons à pied avec le colonel jusqu'à un carrefour où nous attend une jeep du RBFM (Régiment Blindé des Fusiliers marins)... Mon calme me surprend quoique je pense que j'ai toutes les chances d'y laisser ma peau. Nous allons jusqu'aux avant-postes. Un officier allemand qui fume cigarette sur cigarette et parle comme un mort, monte à côté du marin Plassard, je m'assois avec Sauvagnat derrière et nous partons... La forêt flambe et crépite, la fumée gêne considérablement notre visibilité.
L'Allemand fait des signaux. Nous voici à 500 m d'une barrière. Nous avançons très dignes, mon cœur n'a pas une pulsation plus rapide que l'autre... Nous crions "Parlementaires!"... Finalement un groupe armé traversant les obstacles s'approche, Sauvagnat s'explique, on nous bande les yeux... Franchissement des obstacles et surtout du champ de mines, les yeux fermés. L'Allemand guide mon bras et non pas mon pied!!!
... On nous fait entrer dans une cabane et on nous retire nos bandeaux, la pièce est éclairée par une bougie, on a calfeutré les ouvertures avec des couvertures. Tous les Allemands que nous avons vu étaient propres et avaient l'air martial et nous regardaient avec une sympathie mêlée de curiosité. Le commandant allemand de la garnison (Michahelles) entre, 60 ans, marin aux yeux très bleus, petite barbiche blanche, il a l'air d'un bon vieillard, un gros crachat à croix gammée sur la poitrine. Sauvagnat lui parle, il se décide très vite. Nous nous levons et partons.
Le colonel qui nous attend au poteau 34 est très pâle. Il demande au chef allemand, au nom du général Leclerc, de capituler avec les honneurs de la guerre. Le vieux a les larmes aux yeux, il remercie en se mettant au garde à vous quand on lui exprime notre admiration pour la défense allemande. Il faut qu'il consulte ses officiers cette nuit. Il ne rendra réponse que demain à 7 heures à la même place...
Lorsque le colonel a rendu compte des pourparlers au général d'Anselme, celui-ci ne semblait pas satisfait, il annonça qu'il voulait faire donner l'aviation le lendemain puis il nous proposa de repartir dans la nuit... sans doute pour recueillir, lui seul, les fruits de la victoire.

Mercredi 18 avril

Réveil à 6 heures. J'accompagne le colonel au poteau 34. 7h10, toujours pas de chef allemand. Des prisonniers passent affolés, se rendant en hurlant "Ces cochons d'officiers ne veulent pas se rendre"!
Une silhouette dans la fumée, c'est le commandant allemand. En une phrase brève, il nous informe de sa capitulation, ses yeux bleus sont mouillés de larmes. Nous nous saluons. Nous discutons ensuite des modalités de la reddition....
Aux Mathes, nous préparons la cérémonie, les troupes vont se mettre en place pour rendre les honneurs...
... Nous poussons jusqu'aux ouvrages de La Coubre. Sous le soleil ardent, devant un bunker bourré de provisions, nous mangeons des sardines et buvons du pinard entre deux explorations de ses flancs bétonnés recelant des tonnes de vivres... Nous visitons un peu les ouvrages et escaladons le vertigineux phare de la Coubre. La mer est splendide, les pins flambent. On entend le bombing sur la Pointe de Grave où flottent des nuages de fumée...
Les journalistes me reconduisent à Burie. Les chars, calmes maintenant, dorment déjà sagement sous les arbres, les hommes se promènent comme s'ils n'avaient jamais fait que cela.
 

Bilan de l'Opération Vénérable

L'opération a mis en œuvre, du côté français, 25 000 hommes, 200 chars, 250 pièces d'artillerie. Plus de 100 000 coups de canons furent tirés, 1 000 forteresses volantes lâchèrent plus de 7 000 tonnes de bombes.
Les pertes françaises : 154 tués, 700 blessés
Allemands : 749 tués.

Cette attaque d'une étonnante violence a achevé l'œuvre de destruction du 5 janvier 45. Non seulement les bombardements ont pulvérisé les maisons qui restaient mais ils ont aussi fait des victimes parmi les civils qui s'étaient maintenus dans la poche. Après le bombardement du 5 janvier 1945, la majorité des civils s'était regroupée dans le village des Mathes. Théoriquement, cette zone était neutre, mais après le Docteur Domecq, ni les FFI, ni les avions de bombardement n'étaient au courant de cette neutralité et la région des Mathes ne fut épargnée que par un hasard miraculeux. De même, toujours d'après le Docteur Domecq, les Résistants de l'intérieur ne furent pas prévenus de la date exacte de l'attaque.
Les victimes civiles ne furent pas en trop grand nombre, un peu plus d'une trentaine. Il n'en fut pas de même pour la ville. Les bombes au napalm provoquèrent d'énormes incendies dans Royan et dans les forêts. De la cité, il ne restait plus rien. Il suffit de lire les témoignages des correspondants de guerre, des journaux de l'époque.
Les Forces Françaises daté du 25 avril 45. "Royan n'est plus une ville, c'est un amas de ruines". La Nouvelle République daté du 19 avril 45. "Les chars passaient devant le casino et la poste en flamme...". La Voix des Charentes daté du 21 avril 45 : "Royan est libérée mais c'est une ville martyre, ... tordue par les incendies, inhabitable par un long moment par sa population".
C'est alors que les Royannais, mesurant l'étendue de ce second désastre voient, dans les jours qui suivent, des hommes et des officiers des troupes françaises, leurs "libérateurs", se livrer à un pillage systématique des ruines. Tout ce qui peut avoir encore un peu de valeur s'entasse dans des convois pour être vendu à Bordeaux ou à Saintes.
La population s'interroge et s'insurge : Pourquoi la bataille de Royan alors que la reddition de l'Allemagne ne faisait plus aucun doute ? Pourquoi ce coup de grâce à une ville déjà si fortement éprouvée quand les troupes allemandes de la poche n'auraient pas fait de difficulté pour se rendre ? Pourquoi aucun des généraux, n'a-t-il arrêté le pillage alors qu'il lui aurait suffi de donner des ordres ? Ces questions restées sans réponse ont donné lieu à de nombreux débats.

Le général de Gaulle vient saluer les troupes

Le général de Gaulle qui a voulu, dès la formation des poches, une victoire française éclatante pour libérer le territoire national, vient en visite sur le théâtre des opérations le 22 avril 1945. Il participe à une revue militaire qui regroupe des milliers de soldats et Résistants dans la plaine des Mathes, près d'Arvert puis il se rend à Saint-Palais, passer en revue une compagnie du bataillon de marche n°2 de l'Oubangui-Chari. C'est à cette occasion qu'il précise : "Ce qui a été fait a été bien fait, très bien préparé et très bien exécuté. Je tiens à vous exprimer toute ma satisfaction. Outre la libération du port de Bordeaux, les troupes FFI ont prouvé leur valeur".

LES POLÉMIQUES SUR LA LIBÉRATION DE ROYAN.

Grâce à d'habiles pourparlers menés avec persévérance par le Commandant Meyer, les troupes allemandes de la Rochelle se sont rendues sans combat. Mais le 2 février 1945, quand l'amiral Michahelles propose, toujours au commandant Meyer, des négociations pouvant aboutir à une éventuelle reddition, l'état-major répond : "Il serait bien difficile de priver d'un combat ardemment désiré et d'une victoire certaine, l'armée du Sud-ouest qui piaffe l'arme au pied depuis des mois". Mais peut-on sacrifier une ville pour satisfaire des soldats déjà couverts de gloire ? Non, répond Paul Métadier, ancien maire de Royan, pour lui, le Général de Larminat qui a dirigé l'attaque "devait être le seul à estimer qu'il avait écrit une nouvelle page de gloire..., du point de vue national, il suffisait d'attendre la conclusion normale des évènements". Le général de Larminat, souvent mis en accusation, invoque, pour justifier l'attaque de Royan, les raisons suivantes : d'une part, il fallait libérer l'entrée du port de Bordeaux, d'autre part, "les soldats avaient le désir de libérer le sol de la partie, ils ne voulaient pas que l'ennemi, capitulant de son propre gré, eût l'impression d'être invaincu..."

Mais ces arguments sont immédiatement réfutés ainsi : "Pour le port de Bordeaux, il faudra attendre la fin Août suivante pour voir remonter le premier bateau." Quant au désir de libérer la France, "n'y a-t-il pas autant de gloire à être un pacificateur qu'un pourfendeur ?" demande le docteur Veyssière. Aussi pense t-on, à Royan, que si les tractations du commandant Meyer n'ont jamais abouti : "ce serait peut-être parce que le Général de Larminat se morfondait à Cognac dans l'inaction, alors que d'autres chefs se couvraient de gloire et d'honneur sur le front d'Allemagne."

Certes, le Général de Larminat porte certaines responsabilités, mais ce que les Royannais oublient, c'est que la décision d'attaquer une ville avec tels moyens dépassait de loin ses prérogatives. Aussi faut-il se tourner vers les échelons supérieurs de commandement pour comprendre le pourquoi de l'attaque de Royan. À ce niveau, une hypothèse est avancée : il était indispensable aux troupes françaises, anciennement FFI, qui n'étaient pas vraiment reconnues, ni par les Allemands, ni par les Alliés, de libérer elles-mêmes la dernière partie du territoire français occupé, prouvant ainsi avec éclat leur valeur militaire. C'était à ce prix que la France pouvait figurer en bonne place parmi les vainqueurs.
Par contre, au sujet des pillages, il est difficile d'admettre que le Général de Larminat ignorait la situation, alors que certains habitants se voyaient interdire l'entrée de leur maison pendant qu'on les déménageait alors que même le chef du service de police militaire chargé de réprimer le pillage y était mêlé. Un journal de l'époque écrivait : "C'est pour cela que Royan - seule ville en France - n'a pas de fête de la libération..."

Ainsi, contrairement à la majorité des villes françaises, le mot de Libération n'éveille pour les Royannais que de douloureux souvenirs et des questions restées sans réponse.

Hommage attendu

Le 5 janvier 2015, Royan, pour commémorer le 70e anniversaire du bombardement et de la Libération de la ville, rend hommage aux victimes du bombardement du 5 janvier 1945. Le député-Maire Didier Quentin inaugure, sur le parvis de l'église Notre-Dame, un panneau comportant, sous la photo des ruines laissées par les bombardements, un texte honorant la mémoire des victimes. Un salut longtemps attendu des Royannais d'aujourd'hui à ceux qui vécurent cette terrible tragédie.

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