Attentat à la pudeur

demoiselle 2

Fernand Bisch, Août 1934


L'arrêté municipal du 16 août 1934 prohibe la nudité sur les plages... M. le Maire de Royan pour qui nous avons ici autant d'estime que d'amitié, vient - à l'exemple d'un certain nombre de ses collègues de stations balnéaires - de prendre un arrêté réglementant la police des plages.

Peut-être eût-il été mieux inspiré en laissant s'achever la saison... En tout cas cet arrêté - qui ne semble être appliqué que dans une "certaine mesure" - a suscité une petite révolution parmi nos baigneurs et de nombreuses protestations nous ont été adressées.

En ce qui nous concerne - et à l'exemple du bon roi Pausole - nous ne verrions aucun inconvénient à ce que les jolies femmes se promènent toutes nues - le nu, à notre avis, n'étant pas indécent. Mais en revanche, nous aurions préconisé l'arrestation immédiate (!!) de certaines matrones et de certains représentants "poilus" du sexe fort qui gagnerait certainement à ne s'exhiber que tout habillés !

Et puis il n'y a pas que le costume... Il y a la tenue qui, reconnaissons-le, laisse trop souvent à désirer (nos plages ne sont tout de même pas des hôtels meublés !) et c'est là ce à quoi nos agents devraient surtout veiller !
Le "Cri", qui se faisait un devoir d'être impartial, publie ci-dessous le courrier d'un lecteur à ce propos.

Lettre d'un vieux baigneur vertueux à Monsieur le Maire

"Monsieur le Maire,
Sans doute jaloux du succès des bals costumés qui font fureur cette année et désireux de faire profiter Royan de l'engouement pour les modes 1900, vous voulez rendre à la plage l'aspect qu'elle avait il y a trente ans. L'idée est charmante. Nous allons donc voir bientôt disparaître cet affreux Lido et renaître les sympathiques petites guérites à l'arête aiguë et à l'œil en losange. Nous allons revoir les messieurs dans les caleçons de bain rappelant les antiques chemises de nuit des enfants, les dames dans des "ensembles" à gigots, a festons, à boutons et à volants. J'espère qu'on chassera de la plage, en attendant que l'arrêté s'en charge, une bonne moitié des baigneurs pour revenir au chiffre de cette époque. Nous serons ainsi moins serrés.

 
demoiselle plage

"Peut-être est-ce là ce que vous cherchez ? L'idée, en ce cas, est excellente, et ce serait un remède efficace à l'encombrement de nos rues. Du même coup, des agents deviendraient disponibles pour assurer l'exécution de votre ingénieux arrêté. Ils préféreront sûrement ce nouveau travail, nos braves agents, et ils ne vont pas s'embêter !
Encore faudra-t-il qu'on les choisisse insensibles aux charmes féminins, et surtout à ceux des torses masculins dont le sex-appeal fait courir tant de risques à la morale. Leur tâche sera d'ailleurs bien délicate, et les journalistes de Royan ont déjà parlé de la nécessité de leur fournir des centimètres et de leur préciser des limites exactes, mais il n'est pas douteux qu'un nouvel arrêté apporte bientôt toutes les instructions nécessaires.
"Et quelle publicité pour la station et pour vous ! Les lauriers qui ornent les chefs d'édiles rochelais depuis le Rosier de Madame Husson et le récent arrêté qui vous a inspiré vont couronner les représentants royannais et leur valoir la même gloire dans les journaux parisiens. Royan ne sera plus la Côte de Beauté, mais la Côte de Vertu.
Quel beau nom ! Que de baigneurs il va attirer, quel Pactole il va faire couler dans les poches royannaises."
"On chuchote que la mesure a été inspirée par des soucis respectables d'un homme dont le rôle est de veiller au salut des mortels et qu'il a pris comme truchement une personnalité royannaise célèbre par ses vertus. Je n'en crois rien ; il aurait été mal inspiré (je ne veux naturellement pas parlé du choix du porte paroles, mais de l'efficacité de la mesure).
La plage va devenir bien plus "excitante" ; n'est-il pas plus agréable de lorgner un maillot qui bâille et s'entrouvre par en bas ou par en haut, que d'être arrêté par un caleçon aux lignes nettes et solidement maintenues ? Quelles échappés suggestives et inattendues sur des territoires, interdits d'ordinaire, même sans arrêté municipal ! Est-ce Monseigneur Dupanloup (Honni soit qui mal y pense) ou Monseigneur Baudrillart qui disait, ou à peu près "Ce n'est pas le nu qui est indécent mais le déshabillé" ?
"En attendant le plaisir de revoir sur la plage les maillots-pardessus et les caleçons non-festonnés, qui seront sans doute offerts par la municipalité, je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, avec mes félicitations pour votre idée ingénieuse, l'assurance de ma vertueuse considération.

"H.R."

 

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