1964-1977 FIAC : retour vers le futur

Henri Besançon

Henry Besançon,mai 2007


FIAC : Festival International d'Art Contemporain de Royan.
Royan, entre 1964 et 1977, à raison d'une semaine par an, a été un haut lieu. Ce n'est certes pas le seul endroit où la musique contemporaine a pu s'épanouir mais là, la création musicale s'est véritablement libérée. En outre, ces quatorze festivals reflètent fort bien l'évolution des mœurs musicales de cette période et en constituent un passionnant résumé. Le pointillisme Webernien des années cinquante, les Boulez, Stockhausen, Berio des années soixante, la découverte et surtout la diffusion des musiques extra-Européennes, la naissance de la musique concrète puis électro-acoustique, la résistance modale et harmonique d'Olivier Messiaen, les formes ouvertes, les musiques en action, tout cela Royan l'a vécu, avec passion et émerveillement. Xenakis, Méfano, Guezec, Boucourechliev ont profité de cet enthousiasme pour se faire connaître et apprécier par tous, en dehors du minuscule milieu des spécialistes.

Grâce aux programmes « pieusement » conservés dans les sous-sols du Palais des Congrès (merveilleusement secs) et dans les rayons des bibliothèques de certains mélomanes méticuleux, grâce aux précieux «press-books» (nous ne remercierons jamais assez les employés municipaux royannais qui ont conçu et réalisé ces ouvrages), on peut retracer cette histoire en évitant à coup sûr des inexactitudes impardonnables.

Les trois premiers festivals ont été des essais prometteurs, les trois suivants des triomphes malgré quelques anicroches, 1970 une année charnière (c'est pourquoi ce septième festival a été développé ici plus largement que les autres -- de même que le dixième, qui a vu le conflit Royan-La Rochelle perturber le monde musical). Les quatre derniers, sûrement les plus intéressants -- sinon sur le plan musical pur, du moins sur le plan de la création --, ont eu moins d'écho médiatique et leur observation permet de mieux comprendre la disgrâce momentanée dont a souffert auprès du public la musique dite « contemporaine ». Nous n'oublierons pas non plus les années 1971 et 1972 qui nous ont fait vivre deux nuits inoubliables : « Entrée libre » chez Xenakis et «Carte blanche à Paul Méfano».

Ce livre doit beaucoup aux journalistes dont les articles sont conservés dans les press-books, en particulier Jacques Lonchampt, Claude Rostand, Antoine Golea, Roger Tellart, Maurice Fleuret ( presse nationale ), Florence Mothe, Alain Pacquier et Gérard Zwang ( presse locale ). Bien d'autres chroniqueurs doivent être remerciés, en particulier les jeunes « turcs » de l'époque : Patrick Szernovicz, Dominique Jameux, Louis Dandrel, Anne Rey, Gérard Condé, Jean-Michel Damian. Nous regrettons tous que certains grands anciens nous aient quittés prématurément : Claude Rostand, Antoine Golea et Maurice Fleuret...

Personnellement, je me suis attaché à faire partager les réactions d'un mélomane éloigné des cercles parisiens, qui s'est trouvé totalement investi dans ce projet, dès sa gestation, stupéfait et ravi de côtoyer, dans cette petite ville vouée aux plaisirs et aux loisirs, les gloires musicales les plus incontestables. Car notre ville a su, pendant quatorze ans, conjuguer vacances et Culture, et concilier -- défi assez improbable, après tout -- le tourisme, la gastronomie et la joie de vivre avec l'émotion intellectuelle et esthétique. Cela fut pour beaucoup un considérable enrichissement spirituel.

Le premier disque de musique contemporaine que j'ai acheté était un disque Véga, illustré par un éléphant de Miro. Le second était aussi un disque Véga ; la pochette était un dessin d'André Masson. Grâce à ces disques, tous les provinciaux pouvaient accéder au répertoire des concerts du Domaine Musical du Petit Théâtre Marigny. Deux œuvres ont dérouté la majorité de mes amis -- et moi-même évidemment : Kontrapunkte de Stockhausen (1954) et Incontri de Luigi Nono (1955).

Je n'aurais jamais cru quà Royan, dix ans plus tard, un festival de musique contemporaine aurait pu fructifier sur les bords de la Gironde. En 1964, j'ai fait entendre Incontri et Kontrapunkte à Bernard Gachet qui m'a dit : «Il va falloir s'accrocher». Il s'est accroché, et il a réussi à faire du festival de Royan un événement mondialement reconnu et un lieu musical de niveau exceptionnel.

Entre 1964 et 1977, nous avons entendu un nombre incalculable de musiques nouvelles auprès desquelles Incontri semble tout juste un petit avant-goût. L'effroi dans lequel nous avait plongé son écoute n'était rien, comparé à ce qui nous attendait.

 

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