Centenaire du char à voile

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"Char à voile", ce mot, à fortiori l'engin qu'on lui associait, était, pour la plupart d'entre nous qui nous retrouvions régulièrement entre amis, sur la plage de Saint-Georges de Didonne au cours de l'année 1985, totalement inconnu.
Nous montrions beaucoup d'enthousiasme pour faire rouler sur le sable ces nouveaux engins à trois roues propulsés par un gréement de planche à voile. Le châssis, confectionné à partir de tubes métalliques, de roues de remorques et d'un siège de récupération, cassait souvent. Les postes à souder étaient au travail après chaque sortie.
Même si nous savions que sur les grandes plages du nord de la France roulaient des chars, fort peu ressemblant aux nôtres au demeurant, et que des compétitions étaient organisées, nous pensions être des novateurs sur notre littoral charentais.
C'était ignorer notre passé. Dès le début du siècle des machines ressemblant aux nôtres, même si elles avaient quatre roues et utilisaient les matériaux de l'époque, roulaient déjà sur les plages de la Côte d'Argent en Charente Inférieure. Elles portaient le joli nom d'aéroplage.
Avec le développement des bains de mer, la pratique de l'aéroplage ne cessa d'augmenter. C'était le sport loisir à la mode à la Belle Époque. Il prenait même place dans l'économie locale. Suite à la seconde guerre mondiale et au bombardement de Royan, l'aéroplage disparut du paysage touristique pour réapparaître au milieu des années quatre-vingts sous le nom de char à voile.

Grâce aux témoignages de quelques survivants, à la coopération de descendants des acteurs locaux de cette activité, à la participation de photographes spécialistes de la belle époque et à la pugnacité de monsieur Patrick Dalmace, toute cette histoire vous est contée et illustrée dans le livre : "Un siècle d'aéroplages et de chars sur la Côte de Beauté"

Alain Touchard.

 

Les informations qui nous ont permis de constituer ce dossier sont extraites du livre référence sur le sujet :
"Centenaire du char a voile, Un siècle d’aéroplages et de chars sur la Côte de Beauté"

Textes : Patrick Dalmace
Recherches documentaires : Alain Touchard, Francis Chagnon, Christian Louvrier, Patrick Tourneur, Michel Gourdon, Alain Hibelot, Jacky Sauzet, Jacky Pierre, Bernard Petit, Patrick Dalmace.
Avec l’aide inappréciable de Jean Guyonnet et la contribution du photographe Maurice Dupont.
Maquette : Patrice Dupont, Graphic E xpress.
Impression : Gatignol.

 
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«Tempête» est le premier aéroplage dont on possède une trace photographique. Le cliché a été pris à Royan, autour de 1910 par Sorignet qui, à cette époque, était photographe 34 rue Gambetta. On suppose que sont installés sur l’aéroplage son propriétaire, qui sans doute en était le constructeur, sa femme et son enfant, mais à ce jour aucun témoin n’a pu l’identifier.

«Tempête» représente le prototype des aéroplages qui circulaient à cette époque. Construit en bois de frêne, il n’avait pas de mât mais des «bigues» soutenaient une grande canne de bambou sur laquelle était accrochée la voile, en général taillée sur le modèle des bateaux.

 
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A partir de 1928 le Syndicat d’Initiative commence à publier sa revue «Les Echos de Royan». Tout ce qui se passe à Royan y est bien sûr relaté. Il y existe surtout une chronique présentant les personnes qui séjournent dans la station. A l’arrivée des bateaux provenant du port de Bordeaux ou à la gare, «Les Echos» ont leurs commis qui, carnet en main, relèvent les noms, titres et occupations des estivants. Les «personnes de marques» sont ainsi citées parmi les hôtes illustres de la Ville.

Dès la parution de la revue, toute la société mondaine peut savoir qui est en train de profiter des plaisirs de la ville ou des joies de l’aéroplage.

 
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Aéroplage à Royan. Tirage d'une vue stéréoscopique

L'engin présente une conception complètement inhabituelle. Les «bigues» ont disparu. La structure du châssis est métallique.

 
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Cartes postales humoristiques éditées à Royan

Faire de l'aéroplage devait être assez drôle si l'on en croit ces cartes humoristiques qui circulaient à l'époque !
La voile du char se soulève et l'on peut alors extraire un dépliant de dix photographies.

 
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Carte postale éditée à Royan. Sa diffusion fut très important

Les éditeurs comprirent rapidement qu'ils pouvaient exploiter l'engouement pour l'aéroplage et se mirent à la commercialisation de cartes postales. Certaines sont d'une grande réussite et permettent aujourd'hui d'avoir une connaissance précise quant à la construction des machines.
L'une de ces cartes postales tendrait à prouver que même les femmes pratiquaient. A moins qu'elles ne se soient installées au volant seulement pour la photo !!! En effet il n'existe aucun témoignage donnant le nom de femmes qui, à Royan se seraient distinguées dans ce nouveau sport.

 
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Les aéroplages devant l'établissement de Bains. Monsieur Dufaure, debout assure l'animation

Un des célèbres Établissements de Bains, situé sur la Grande Plage, non loin du Casino, se mit à pratiquer la location d'aéroplages. Monsieur DUFAURE, le maître nageur qui tenait l'établissement était lui-même responsable de ce «jeu de plage».On dit aussi qu'un Monsieur Marchand en louait également à la même époque.

 
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Aéroplage de Jean Jarousseau

Sur la plage de Saint-Georges, de l'autre côté de la dune, Jean JAROUSSEAU, encore très jeune, est à côté de son aéroplage. Son oncle est aux commandes. Celui-ci disparaîtra pendant la guerre en 1915.

 
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La conception de Michel Nappée et de Jean Lassaudière

Il faut le souligner, était remarquable car ils n'avaient, sur la Grande Côte, aucun prédécesseur et inventèrent l'engin uniquement à partir d'idées personnelles et d'épisodiques observations des aéroplages de Royan.

 
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22 Avril 1935, Paul Bobrie et Miss Paris s'élancent pour un tour avec «Royano»

Lors d'une autre sortie, abordant une zone de sable sec après un dérapage, l'aéroplage piloté par Léonce se renversa, et la passagère, l'épouse du constructeur, fut accidentée. Il fallut l'emmener à Bordeaux pour qu'elle se fasse examiner.
Pour madame BOBRIE il y eut finalement plus de peur que de mal, mais son mari pensait bien l'avoir tuée en aéroplage. Le char à voile de Léonce BOBRIE présentait la nouveauté d'être élaboré en tube d'acier, peint couleur aluminium, et renouait - apparemment sans le savoir - avec l'idée de MOINE. Il avait une seule roue directrice à l'arrière. Les câbles qui reliaient celle-ci au volant passaient dans le tube-timon.
Le volant était placé à droite du char qui comportait quatre places disposées sur deux banquettes avant et arrière, faites de lattes de bois. Les roues n'étaient plus celles de vélos, mais provenaient de cyclomoteurs et étaient donc beaucoup plus larges. Au lieu des traditionnelles «bigues», l'aéroplage de Bobrie était muni d'un mât en pin qui mesurait environ quatre mètres et avait été fabriqué par un artisan royannais, peut-être monsieur GAUTRON.
Le pied de mât était situé complètement à l'avant de l'aéroplage, au milieu de l'essieu, et trois haubans le tenaient en place. La voile également fabriquée à Royan par GAUTRON, était quadrangulaire comme celle des bateaux de l'époque, mais différait largement des voiles des aéroplages circulant jusqu'ici à Royan. Sur la roue arrière, pouvait se placer une petite fourche qui permettait de poser la voile roulée sur le mât, lorsque le char ne servait pas.

 
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1987 : Saint-Georges de Didonne. La Grande Plage

Ce cliché, signé Maurice Dupont, sera utilisé par la Municipalité pour réaliser la première affiche concernant la promotion touristique du char à voile.
Au milieu des années quatre-vingts, des engins de tous formats commencent à réapparaître. Le plus souvent il s'agit de chars constitués d'un châssis en tube sur lequel sont fixés d'une part une fourche recevant la roue avant et d'autre part un essieu, lui aussi en fer, équipé de roues de remorques.
Un tube, également soudé au tiers avant du timon, reçoit un mât que les premiers amateurs récupèrent auprès de véliplanchistes. Les voiles sont très fréquemment celles de planches à voile et en ce qui concerne la bôme, on utilise le wishbone, mais le plus souvent une forte barre de fer.
Le siège est en général récupéré d'un fauteuil de jardin en plastique. Ces engins encore rudimentaires mettent en valeur les qualités manuelles de leurs constructeurs. Le bon soudeur a toutes ses chances pour réaliser un char correct et le fin observateur qui sait placer judicieusement son pied de mât au bon endroit peut réaliser d'excellents parcours sur la plage, quelle que soit la direction du vent.

 
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Départ des «Deux Heures de Saint-Georges» Photographie de Alain Peyronnel

1er décembre 1985 :
Les amateurs s'apprêtent à renouer sans le savoir avec une pratique disparue depuis plus de soixante-dix ans. Les courses qui partaient devant les Nouvelles Galeries sur la Grande Conche de Royan vont désormais s'élancer devant «Le Relais de la Côte de Beauté» à Saint-Georges de Didonne.

«Les Deux Heures» ont des caractéristiques originales. Chaque char est piloté par deux ou trois pilotes dont obligatoirement un enfant. Ils se relaient impérativement à chaque tour pendant les deux heures que dure l'épreuve.
Les enfants ayant démontré leurs capacités, dès l'année suivante cette close du règlement disparaît, et l'on voit alors régulièrement les jeunes aux premières places de l'épreuve. Le succès des «Deux Heures» est tel que la course fête son quinzième anniversaire pour l'an 2000.

 
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1994 : Saint-Georges de Didonne. Grand Prix de la Côte de Beauté Championnat d'Europe des chars

 

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