Evgueny Smurgis

smurgis couleurLe 14 novembre 1993, un hélicoptère de surveillance survole la passe de Maumusson, entre l’île d’Oléron et le continent. Le vent forcit, un canot à rames est seul dans ce pertuis où les déferlantes sont dangereuses et charrient du sable. Une tempête est imminente et l’hélicoptère conseille au rameur de trouver refuge dans un des nombreux chenaux. Il va passer outre et courir ainsi à sa perte.
Le 15 novembre 1993, des pêcheurs de La Tremblade, à bord de la Petite Nicole, récupèrent l’épave du bateau de Smurgis, rameur solitaire russe, disparu sur notre côte. Déterminé à faire le tour du monde, il ramait avec son fils Alexandre depuis Dikson, au nord de la Sibérie, et seul, depuis Londres jusqu’à la passe de Maumusson. Evgueny Smurgis, profession voyageur, et déclencheur de rêve, avait affronté les territoires sauvages au-delà du cercle polaire, ramé sur sept mers, bravé tous les obstacles, prouvant ainsi sa force physique et mentale. Le rameur de l’extrême a dû finalement s’incliner devant la Nature.

Annie Héral-Vieau

 

Le regard de Maud Fontenoy

 

Certaines aventures se reproduisent, mais il ne faut pas croire que tous les navigateurs se ressemblent. Les récits de nos périples sont en réalité ceux de nos vies, de nos combats, de nos rêves mais aussi de nos incohérences, de nos blessures et surtout de notre insatiable soif de liberté.
Dans les lignes qui suivent, vous découvrirez qu’Evgueny Smurgis fut un homme pressé, un aventurier insatiable… au caractère bien trempé ! Ceux qui liront le récit de sa vie auront sans doute la même impression que ceux qui ont croisé son chemin. Impossible, même en forçant le pas, de se porter à sa hauteur. « Rameur russe et déraisonnable ». Rien ne le décrit mieux !

Né sur les rives de l’Oural en 1938, il a le goût de l’espace et de la démesure. Son courage et son inflexible volonté impressionnent, son inconscience surprend et l’on s’irrite parfois de son impatience. Au regard de sa fin tragique, il nous prend l’envie d’arrêter sa course. Combat perdu d’avance contre une énergie dévorante. Sa passion pour l’aviron ne peut se conjuguer qu’à l’extrême. Lorsqu’il conçoit et fait construire, sur le modèle d’un bateau traditionnel, une embarcation adaptée, il sait déjà que ses expéditions n’auront rien d’aimables ronds dans l’eau. Il a la conviction qu’il ne tient qu’à soi d’accomplir ses rêves. Pendant 16 ans, chaque été, de rivières en fleuves, le rameur traverse la Russie par étapes, de la Baltique au Pacifique.


Smurgis en mer de KaraCe périple en appelle d’autres, plus fous. Evgueny Smurgis se voit premier dans la course autour du monde à la rame. Plus qu’un rêve, un désir impérieux, dans lequel il embarque son fils. Cet incroyable voyage commence en 1988 au-delà du cercle polaire, dans les immensités glaciales, et s’achève à l’automne 1993 dans le Golfe de Gascogne. Comment ne pas être étonné, lorsque l’on connaît la hauteur du défi, du manque de moyens, de préparation, de connaissance des côtes. Mais le navigateur est réfractaire à toute planification. Dans son journal, juste avant le naufrage, alors que les difficultés s’accumulent, il écrit : « Je suis parti consciemment dans une expédition non préparée. Il fallait partir, toute affaire cessante, car la préparation pouvait durer un temps indéfini ».
Non décidément, Evgueny Smurgis n’était pas raisonnable. Sous ses airs d’athlète soviétique modèle, il menait sa vie hors cadre, sans soucis des convenances. Pour financer ses expéditions estivales, il partait l’hiver pour les territoires extrême-orientaux qu’il approvisionnait en peaux, fourrures et viande d’animaux. Sur son canot, des amis, un chien… et un ours, Boris.


smurgis et boris
Smurgis, Liutikov et l'ours Boris, 1969

L’homme était paradoxal, rétif aux conventions mais soucieux de modeler un fils à son image ; aguerri et expérimenté mais ayant gardé de l’enfance un peu de cette obstination à « faire tout seul ». Son destin semblait guidé par une impérieuse nécessité qu’il imposait autour de lui. Il fallait le suivre ou jeter l’éponge quand le doute et la souffrance étaient trop forts.
Pour arrêter ce navigateur, inutile de chercher à le rattraper. Il fallait l’attendre. Une dernière tempête au large des côtes charentaises, dans le pertuis de Maumusson l’a cueilli, épuisé, sur la route de son rêve. Un chemin qu’il avait choisi librement et dont il n’aurait, à l’évidence, pas dévié d’un pouce.

Préface extraite du livre d'Annie Héral-Vieau, Evgueny Smurgis, Rameur d'océan, éd. Bonne Anse, 2010

 

С  П А С И Б 0* ! (Merci)

Fin août 2010, une délégation de 5 russes passait quelques jours à La Tremblade. Vasiliy Galenko, Margarita Smurgis (la petite-fille de Smurgis), Liliya Potytnyakova (sa cousine), Galina Bourmistrova et Elena Belova. En hommage à Evgueny Smurgis, ils ont participé à la remontée de la Seudre.

Smurgis seudre

Devant à gauche Vasiliy Galenko, tenant le drapeau Liliya Potytnyakova, petite-nièce du rameur, et derrière à gauche Margarita Smurgis sa petite-fille et de dos, Roger Guillaud, maire de l’Éguille-sur-Seudre.

 

 

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