Surf en Indonésie

Les Royannais ont la bougeotte, c'est bien connu. Certains ont même la plume facile et les RTT passées à l'autre bout du monde deviennent, par la magie du Web, des Reportages Tous Terrains en exclusivité pour la Cyber Gazette.

 

Après le Spitzberg en kayak en 2004, cap à l'est en 2005, sur la trace des surfeurs migrateurs qui passent l'hiver à Bali. Daniel Despin, un des nos expatriés, journaliste pour France 3 Alpes, skieur, snow-boarder, montagnard, parapentiste, golfeur en herbe et surfeur en short, a voulu soigner, au printemps 2004, sa droite et sa gauche en Mer de Bali. Ça brasse un peu plus qu'à la Côte sauvage ou à Pontaillac et pas seulement dans les vagues. C'est l'histoire de deux gars en route pour le paradis...

Grenoble - Lyon

Le départ était programmé le 15 avril, et il a bien eu lieu... Histoire d'être bien à l'heure à l'aéroport St Exupéry de Lyon, nous partons, David et moi, tôt ce jeudi pour un décollage prévu à 11H30. Bien évidement mes bagages étaient prêts depuis longtemps... La veille, je n'avais encore rien fait. David est arrivé vers 20H30 avec Lydia, j'ai décidé de les laisser tranquilles ce soir-là pour qu'ils se fassent la bise tranquillement chez moi et j'en profite pour aller me faire un apéro d'« au revoir » avec mes potes de Grenoble. Je rentre vers 1H30 et je commence à faire mon sac. Le bruit réveille David qui se marre en me voyant un peu rond essayer de me concentrer pour ne rien oublier. A deux heures, j'abandonne... Du coup, je me lève à 6H50 pour boucler la valise qui a commencé à exploser sa fermeture éclair. En fait, c'est Lydia qui me réveille 10 mn avant que mon réveil sonne. David rigole en voyant la façon dont je « cartonne » ma board qui ne rentre plus dans la housse. Elle aussi menace de craquer. On se marre en imaginant mes fringues et tous mes médicaments étalés sur le tarmac de l'aéroport. On charge la voiture, David embrasse sa belle comme s'il devait la revoir l'après-midi même et je démarre. Sur la route, pas d'histoire, sinon des bouts de conversations entre surf et vagues, en passant par nos potes et deux trois mots sur la vie, tout ça... « Merde, la cafetière ! Tu sais si Lydia l'a coupée après avoir servi le café » ??? David appelle sa douce qui commence par une certitude puis finit dans le doute. J'imagine la cafetière allumée pendant un mois et demi, nous évaluons le risque pour conclure qu'à part une note d'électricité un peu plus rondelette, il n'y a aucun danger... et puis merde ! On verra bien... Je dépose David près du départ avec les bagages et je file poser ma Fusion au parking longue durée, en espérant que ça ne coûtera pas plus que ce que m'annonce Dave : 300 boules ! 20 minutes après, je suis de retour et nous chargeons le matos sur les chariots. David trimbale les planches, posées en travers. Je pousse les valises, mon micro portable en bandoulière. Tout va bien, nous sommes pile à l'heure. Direction l'enregistrement des bagages et une bonne surprise... « Il faut payer 160 euros pour le transfert des bagages entre Lyon et Amsterdam ». Ce n'est pas du tout du goût de David qui, aimable au possible, tente de régler le problème. A grands coups de sourires et d'embrouille, il réussit à charmer l'hôtesse qui finit par céder et nous fait le transfert gratos. Pas de petites économies. David triomphe et nous repartons avec nos seuls bagages à main sur un chariot, direction une cigarette bien méritée. Diable ! Un bureau de poste. Je vais pouvoir envoyer les clés que j'ai oublié de laisser à ma propriétaire et j'en profite pour lui glisser un mot sur la cafetière. Tout roule ! L'heure de l'embarquement sonne, nous nous installons dans l'avion affrété par KLM. Amsterdam nous attend...

Dans l'aéroport d'Amsterdam y a des marrants qui glandent...

Arrivée à Amsterdam, premier transit du voyage. Sur le papier, nous avons 1H30 devant nous mais, vraisemblablement, l'avion a eu un peu de retard. Au premier bar en vue avec une inscription « Smocking zone », je propose à David de boire un café et d'en fumer une. Il hésite deux secondes mais n'est finalement pas contre. On se pose, on commande deux cafés pleins de flotte et on s'en roule deux. Je me demande alors si mon portable est bien sur l'international et commence à balancer des SMS. David se met alors en tête d'en faire autant et s'évertue à écrire un message à Lydia. Pas vraiment au courant des manipulations à faire, il me demande de l'aider et tente désespérément d'envoyer son texto. Une fois, deux fois, trois fois, quatre, cinq..., chaque fois ça foire. Je commence à trouver le temps long et lui propose de filer vers l'enregistrement. Il termine sa clope sans s'affoler, cède et se met à réaliser qu'il est grand temps de se dépêcher. Inconsciemment, nous accélérons la cadence en enfilant les tapis roulants et nous réalisons surtout que nous sommes très loin de la porte d'accès. Nous courons pour arriver enfin sur place où nous sentons un peu d'énervement à notre arrivée. Le portier de service semble nous en vouloir et du coin de l'oeil, nous réalisons que le ponton d'embarquement était sur le point de fermer, la passerelle étant déjà décrochée de l'avion. Le type considère nos papiers d'un air inquisiteur. Mais qu'est-ce que vous avez foutu depuis une heure ? C'est trop tard pour embarquer ! Nous faisons mine de ne pas vraiment comprendre un peu embarrassés Au final et un peu tendu, il persiste à constater qu'il est trop tard pour embarquer. Nous refusons des yeux et forçons sa décision. OK pour vous, mais pour les bagages c'est trop tard. Penauds, nous acquiesçons et partons en courant vers l'embarcadère, en imaginant la galère pour récupérer nos planches de surf et ma valise pleine de fringues, de médicaments et de nos deux caméras. On essaie d'en rigoler mais durant les quinze heures de vol, quelque chose nous dit que nous avons fait une connerie qui pourrait nous coûter cher. En pesant le pourcentage de chances de récupérer notre bien, nous finissons sur un « Inch Allah » forcé et David se trouve un coin tranquille dans l'avion pour se faire une bonne nuit de sommeil. De mon côté, je rumine et pars pour une première nuit presque blanche pour mille et une raisons plus ou moins raisonnables... Quelques repas et un petit déjeuner plus tard, le commandant de bord annonce l'arrivée à Taï Pei où nous avons une après-midi et une nuit à passer. A peine sortis de l'avion, nous fonçons à la recherche de nos précieux colis. Une succession de discussions nous amène à atterrir devant un guichet et surtout à rédiger un « Report » sur la mésaventure pour être sûrs que nos bagages arriveront bien à bon port. David mène les palabres et nous finissons par quitter l'aéroport à peu près rassurés. Dans le pire des cas, nous devrions les voir arriver à destination quelques jours après nous (tant pis pour les fringues sales), dans le meilleur des (pires) cas, ils pourraient être égarés pour bien plus longtemps. Nous refusons de l'imaginer et filons à la recherche de notre hôtel de fortune : Le CKS Airport Hôtel de Taï Pei...

Une nuit à Taiwan...

Taï Pei, c'est Taiwan. La nuit d'hôtel est comprise dans le voyage mais nous avons du temps et nous décidons de nous embarquer dans un bus en direction de cette sinistre capitale à une heure de là. Un peu comme à Bangkok, des immeubles poussent comme des champignons partout. Des ponts suspendus interminables les uns sur les autres, beaucoup d'espaces verts et des scooters par milliers brassent la ville. Partis à la recherche de SOGO, un soi-disant super centre où l'on trouve de tout, nous rentrons, déçus d'avoir été mal informés ou d'avoir mal compris, bredouilles de l'informatique « à pas cher » que nous espérions. Mais finalement, la ville n'est pas si désagréable et nous nous amusons des particularités qui la distinguent de nos capitales. Les bus se déplacent au milieu des artères et non sur les cotés comme chez nous et surtout, les petits bonshommes verts qui illustrent les piétons traversant au feu sont à mourir de rire. Plus on se rapproche du feu vert pour les voitures, plus ils se mettent à courir. Mieux, le décompte du temps qu'il reste pour traverser est affiché. Géant et drôle pour nous les frenchies. Dans le bus qui nous ramène à l'hôtel, le chauffeur nous propose une espèce de gland, entouré d'une feuille sèche qu'il faut mâcher pour ne pas s'endormir. En tout cas, c'est ce qu'il nous mime et nous acceptons l'offrande par politesse, pour aussitôt recracher le morceau au goût amère, moi dans ma poche, David dans la poubelle du bus. Nous faisons semblant de mâcher en lui souriant. Ça me rappelle les yéménites et leur boulette de qat. Nos mains sont orange, sans doute la graine... L'hôtel qui nous accueille est immensément ringard. 500 chambres et pas un chat. Une bouffe rapide le soir et au lit. David ne tarde pas trop à trouver le sommeil malgré les avions qui se posent à grand bruit toutes les dix minutes. J'ai du mal à m'endormir et quand j'y arrive, je suis réveillé par un coup de pied dans les draps. C'est David qui est excédé par mes ronflements et qui me brasse un peu. « Et pourquoi tu ne donnes pas de coup de pied aux avions » ? Il éclate de rire à ma réflexion et on finit par s'endormir à nouveau quand soudain, le téléphone de la réception sonne pour nous annoncer qu'il est l'heure de se lever. Il n'est que 18H00 ! Fausse alerte. David se rendort aussitôt voyant que le jour n'est pas encore levé alors que moi je suis prêt à partir. Nous commençons à peine à nous assoupir à nouveau quant tout à coup une télévision hurle de la musique dans la chambre d'à coté. Furieux, David se lève et secoue le frigo contre le mur. Rien n'y fait, le bruit continu. David finit par s'endormir et j'attaque ma deuxième nuit blanche... Un peu franchement grinche.

Paradis en vue...(Samedi 17 avril 2004)

Petit déj consistant le matin et hop, direction l'aéroport. L'aire de départ ressemble à la bourse et nous finissons par trouver nos portes d'embarquement. Mais avant tout, nous allons de nouveau plaider la cause de nos bagages égarés. Le type qui nous reçoit à une tête de dégénéré mais sa gentillesse est sans borne. Très vite, il fait le tour de la question et se lance dans une recherche informatique de notre bien égaré. Cinq minutes de suspens et le verdict tombe : « Your luggages are in the right plane, you will get them at Denpasar, no problem... have a good travel... » Nos deux gueules affichent des sourires d'enfants heureux, nous passons sereins à l'ultime enregistrement pour Bali la belle. Merci China Airlines ! Cinq heures d'avion, une bricole. Décollage en douceur, film nase à l'écran, bouffe moyenne mais plaisir de sentir l'arrivée proche. Histoire de taquiner David et de meubler l'espace temps, je me lance dans une conversation tonitruante avec lui sur Tignes et son architecture atroce. David déballe ses arguments et protège son pays d'adoption à grands coups de « c'est une station qui a bien changé » et « aujourd'hui au moins, elle est rationnelle et bien pensée pour les touristes alors qu'avant c'était n'importe quoi »... Je taille et enfonce le clou, il défend son bout de gras, le temps passe comme il faut, nous atterrissons légers comme des mouches : Denpasar Airport nous sourit, ventilé par un séchoir gigantesquement...tropical. David se met en quête d'un « taksi » pour nous emmener à KUTA, plus au sud. Dur en négociation, il nous dégotte un chauffeur un peu grinche du prix que nous lui proposons mais qui accepte. Une demi-heure plus tard, nous nous posons dans notre Cottage, komola Indah II. C'est la troisième fois que David y séjourne, il est là comme chez lui. Nous prenons le bungalow du fond, après ceux de quelques japonais venus également pour surfer. Un joli jardin, des chants d'oiseaux, une terrasse avec deux chaises et une table en bambou, sommaire mais mignon. A l'intérieur, deux lits tout simples, un tout petit meuble de rangement et une salle d'eau rustique : Un évier, un bac à douche, tout à l'eau froide. Une ampoule d'à peine dix watts et un grand ventilateur bruyant au plafond. L'essentiel, et ça nous enchante. Aujourd'hui, c'est dimanche et nous n'avons plus le temps d'aller surfer. D'autant qu'il faut aller faire du change et louer les motocycles. Attention aux roublards mais David a une bonne expérience du pays. « Ce sont des vrais prestidigitateurs et ils arnaquent tout le monde, mais je connais un endroit où on aura pas de problème ». PT Central où une toute jeune Balinaise nous sert au taux confortable de 10 200, nous faisons le plein de billets à raison de deux millions quarante mille roupies chacun, soit deux cents euros par tête... De quoi vivre sans soucis durant deux semaines... A peine arrivés, nous avons la visite de deux colporteurs venus nous proposer quelques bricoles avec un « Very good price »...Nous les remercions poliment et prenons possession des lieux. Une demi-heure plus tard, balade pédestre dans les rues de KUTA, un bon kilomètre à pied dans Legian Street, diminuée de moitié par d'importants travaux de canalisation. Tout le long, des boutiques, des restaurants, des bars plutôt jolis et très propres. Peu de monde dans les rues et quelques touristes se faisant photographier devant la stèle du tristement célèbre attentat à la bombe du SARI CLUB. Ceci expliquant sans doute pourquoi la ville est désertée par les touristes. Les Balinais ne font pas beaucoup d'affaires. Un peu par hasard, David retrouve son loueur de scooter, Madé, qui s'écrie aussitôt : « David Zanckyyy !!! », en pleine partie d'échecs qu'il interrompt illico pour nous emmener chez lui trouver deux motos. Motos, mobylettes, scooters, difficile de définir ces curieux véhicules. Pour les conduire, il faut oublier tous les réflexes habituels. Les vitesses se passent avec le pied gauche en appuyant du bout des orteils sur une pédale. Pour rétrograder, c'est avec le talon qu'il faut presser une autre pédale et remonter les quatre vitesses. Avec la main gauche se commandent phares, clignotants et klaxon. Restent le frein avant, main droite et le frein arrière, pied droit. Le tout étant de ne pas se mélanger les pinceaux, soit une bonne demi-journée de conduite pour un habitué des deux roues à moteur... Ajoutez à cela que tout le monde roule à gauche sans vraiment de respect du code de la route qui se pratique au feeling et vous aurez une petite idée du tableau. C'est chaud et pas question de regarder le paysage. Le temps de bricoler des porte-surfs sur le coté des motos et nous voilà lâchés dans la circulation à la recherche de quelques accessoires : Ailerons de planches, lunettes, chaussons et autres tongs. Trois heures plus tard, nous faisons notre premier repas à Kuta...En finissant la soirée dans un grand verre de bière. Demain, les vagues !

Premières vagues. (Dimanche 18 avril 2004)

Sur la route de Balangan, Bali défile sous nos yeux. De la misère mais sans plus, quelques bouts de village, la zone universitaire et bientôt la colline qui monte aux deux premiers spots du coin : Dreamland et Balangan. Avant d'y accéder, une barrière se met en travers de la route des visiteurs de passage. Ce sont les paysans du coin qui l'actionnent. Ils revendiquent une taxe depuis que le président Tomi Soerharto les a dépossédés de leur terre pour réaliser un immense complexe touristique qui n'a finalement jamais été construit. Ils demandent 5000 roupies pour laisser passer les gens mais ils se contentent facilement de 3000 voire 2000. Ils estiment avoir ce droit pour pouvoir récupérer leur bien et élever leurs familles. C'est de toute façon un passage obligé pour accéder aux deux plages. Une route à peu près correcte puis un tracé tortueux mènent à deux coins de paradis. Dreamland porte bien son nom. Une anse de falaises sur lesquelles sont perchées en étage des bicoques de bois aux toits de chaume. Un sable fin, jaune orangé, qui se jette dans l'océan. Une pure merveille sans tache, un régal pour l'oeil, où la lumière tourne à l'ocre passé 17H... D'un coté de la plage, une grande dalle de récifs et d'algues s'avance dans l'eau, sur laquelle on marche à marée basse. L'endroit est magique. Touristes et surfers s'y abandonnent avec délice. Ici pas de corail tranchant mais du coup, le pic de la vague se balade et il faut lui courir après avec les bras, c'est un beach break qui peut être puissant. J'y ai pris une de mes premières vagues. Il a fallu que David me pousse à l'eau tant j'étais rebuté par la barre de mousse qui empêche d'accéder au large. Voyant mes réticences et mon niveau un peu juste, David m'a patiemment décrypté le jeu des vagues en m'expliquant les courants et les endroits où être... ou pas. En le suivant à la trace, poussé par ses encouragements et ses précieux conseils, je me lance à l'assaut du monstre, mort de trouille. Après deux essais infructueux qui me rongent de panique, j'accède enfin au pied du pic, je réussis à prendre deux vagues et me requinque le moral. Balangan est une toute autre histoire. Ici, le récif fait partie de la vague et se rater peut coûter cher. L'avantage, la tranquillité : pas de touristes, seulement des surfeurs et très peu. La vague, une gauche rapide et puissante, ne se laisse monter que par des glisseurs expérimentés quand la houle est forte. Creuse, à fleur de corail, elle est très spectaculaire, du bord de la plage où je suis resté souvent pour me contenter de regarder. C'est pourtant la première vague que j'ai pu approcher dans ce séjour. Ce jour-là, à marée haute je m'y suis lâché dans son troisième tiers. En fin d'après-midi, David et moi passons une petite heure à prendre des petites sections de vagues, à fleur de corail mais peu puissantes, un vrai jeu plutôt rigolo...et un bon échauffement.

On the road !

Chaud, c'est le mot. Chaud le retour de nuit de Dreamland et Balangan. Vers 18H, la circulation est très dense sur les routes balinaises et le code de la route, très spécial, ne rend pas les choses aisées. Un flux de scooters et de voitures, tous à différentes allures, fonce sur deux ou trois files de chaque côté de la route. Tous les pièges peuvent surgir. Des travaux non signalisés, un chien errant, une voiture ou une moto qui démarre sur le côté, une autre qui vous dépasse sans prévenir, des coups de klaxon dans tous les sens... Extrême vigilance exigée à l'entrée, sous peine de passer un sale quart d'heure. Parfois, toute une famille, père, femme et enfants, chevauchent à vive allure, sans sembler se poser de question dans ce jeu avec la mort qui ressemble parfois à la roulette russe pour nous occidentaux, habitués à bien plus de sécurité. Les Balinais eux s'en accommodent très bien, on s'habitue à tout. Mais mieux vaut avoir une bonne expérience de motard pour se lancer dans ce qui ressemble à une course où tous les coups sont permis. Et attention, les policiers surveillent sans cesse les étrangers, histoire de leur soutirer de l'argent, seule façon de s'en tirer à bon compte si vous êtes pris en infraction. Résultat, contrôles fréquents des papiers et sanction à la moindre erreur. Un beau jour, David et moi nous sommes faits arrêter par un flic récalcitrant. David a la fâcheuse habitude de s'arrêter aux feux rouges sur le passage clouté, ce que ne font jamais les locaux, afin de démarrer devant tout le monde. Coup de sifflet, pincés ! S'ensuit un sketch tordant, où le flic nous annonce qu'il va nous verbaliser et que devons nous rendre à Denpasar pour payer l'amende. Je prends alors l'affaire en main dans un anglais petit nègre et finis par l'engueuler. Saoulé par mes élucubrations, il finit par céder et nous fout dehors.

Baisse de forme.

« DD Rhem est mort. Profite... Mark. » Ma journée commence avec ce texto laconique de l'ami Buscail. La mort d'un copain de Chamonix, André Rhem, le complice de Jérôme Ruby dans tous les sports de l'extrême. Je devais tourner un reportage sur le BASE JUMP avec eux à mon retour. Rien d'autre à ajouter et une fois de plus, je fais les gros yeux à ces montagnes qui ensevelissent les vies de mes potes. Un de plus qui va faire pleurer ceux d'en bas, pour avoir voulu aller trop haut. La matinée commence mal et, pour être tout à fait franc, je ne suis pas très content de moi. Je vais dans les vagues à reculons et ruine les encouragements de David qui commence à prendre les boules. J'ai le sentiment que les deux spots où nous allons sont au-dessus de mes moyens et je n'écoute qu'à moitié ses conseils. La tension grimpe dans le duo et un soir, ça pète ! Le prétexte : mes cigarettes. David qui s'achète des clops à rouler, passe son temps à me taxer et ça me gonfle. Ce soir-là je lui rentre dedans en m'énervant bien plus que nécessaire. David réplique en me mettant le nez dans ma merde. « Tu passes ton temps à grincher, c'est toujours moi qui me lève pour "checker" les vagues et commander le petit déjeuner, tu n'en fais qu'à ta tête au lieu d'écouter ce que je te dis, etc... » Le ton monte mais, très vite, chacun vide son sac et on fait la paix, en faisant notre mea culpa. Le nuage s'éloigne, nous ne sommes rancuniers ni l'un ni l'autre. N'empêche, au final, c'est lui qui a raison. Je sais, dans mon for intérieur, que je ne suis pas vraiment zen depuis le début et que je broie du noir pour diverses raisons. Je m'excuse en lui baisant le crâne comme Blanc et Barthes lors de la Coupe du monde de 98. Paix sur Bali aux hommes qui sèment...les vagues ! Il y aura encore quelques crises dont nous serons capables de rire par la suite. Normal, nous sommes foncièrement différents. David a besoin d'un partenaire qui écoute ses longues histoires détaillées, auquel il peut faire part de ses connaissances. Je suis plutôt rêveur et assez solitaire, même si j'aime bien avoir mon public de temps en temps. Il est un technicien passionné de bricolage inventif, je ne sais rien faire de mes dix doigts et fais les choses au feeling. Son cerveau est constamment en ébullition et réfléchit 24H sur 24, le mien est au ralenti les trois-quarts du temps, perché dans les nuages. Sa fibre est calculatrice et logique, la mienne artistique et vagabonde. Je gaspille, il grappille, bref nous sommes quasiment antinomiques mais le bon sens finit toujours par nous mettre d'accord, sans doute pas à la même vitesse. Dans l'ensemble le respect réciproque et nos propres vécus font de nous deux bons copains qui apprennent à se connaître dans la bonne humeur. Rien de cela n'était écrit à l'avance et dans l'ensemble, ça fonctionne bien. Nous l'imaginions d'ailleurs dès le départ, sans cela nous ne serions jamais partis ensemble. Et le fait que nous ayons en commun de belles aventures de glisse en montagne nous avait déjà rapprochés.

Flic et clic

Je l'ai déjà dit plus haut, les policiers nous arrêtent très fréquemment dans l'espoir de nous soutirer quelques centaines de roupies sous forme de bakchich. Cela prend cinq minutes, le temps de leur montrer nos papiers, rien de plus. Et comme nous sommes français, nous avons souvent droit aux éloges de Zinédine Zidane ou Thierry Henry. Ce soir-là, nous rentrons de la plage et je me fais arrêter par un troupeau de flic sur la route qui longe Kuta Beach. David feint de n'avoir rien vu et file à la balinaise. Je me prépare à sortir mon indispensable permis international pour la énième fois quant les policiers se dirigent sur moi avec un grand sourire et me demandent seulement de me laisser photographier pendant le contrôle. Une photo pour montrer leur travail à la hiérarchie. Je fais alors semblant de faire la gueule et ils me demandent gentiment de refaire l'action avec le sourire, ce que je fais exagérément après moult grimaces qui les font exploser de rire. Clic clac, je file...

Vieux con

L'une des règles de base en surfing, c'est la priorité sur la vague à celui qui est le plus près du pic, le point de rupture. Ne pas la respecter vous expose à de réels dangers. Percussions de surfers, coups de planche, mots violents et cassage de gueule sur certains spots un peu tendus. Ce matin-là, je surfe à côté d'un bon vieux Néo-Zélandais avec lequel je sympathise en attendant les séries. Il me dit apprécier la France et les Alpes qu'il connaît pour y être allé plusieurs fois. « France is the only land where I go in Europe. » Quelques minutes plus tard, les vagues arrivent. Obnubilé par le take-off, je crois être le mieux placé pour démarrer, la tête dans le guidon, je rame, prends de la vitesse et me dresse sur la planche...mal, trop tard, je vole et finis bousculé par la mousse. Dans ma chute, je lâche un « Fuck » de rage et j'entends la même chose juste en dessous de moi... » Fuck ! Je m'allonge sur ma planche et commence à ramer vers le large. En me retournant, j'aperçois mon Néo-Z, grimaçant, la main en l'air pleine de sang. Intérieurement désolé pour lui, je poursuis ma remontée mais finis par me poser des questions. Que lui est-il arrivé ? Il me parle d'aileron et je comprends qu'il s'est tailladé avec son aileron. Puis je m'interroge, rame vers lui et, dans le doute, lui demande s'il s'agit de son aileron ou du mien. « Your thin ! » me répond-il, fâché. Désolé, je me fonds en excuses, persuadé qu'il se trompe, le vieux. En tout cas, sa blessure est suffisamment sévère pour qu'il quitte le plan d'eau, bon pour plusieurs points de suture. Je m'en veux terriblement, désolé de lui gâcher ses vacances, mais j'ai tout de même le doute et me dis que je n'y suis peut-être pour rien. Quelques minutes plus tard, je me fais engueuler par David. « Qu'est-ce-que tu fous là ! Je t'ai dit de redescendre pour surfer des vagues plus petites, il y a trop de monde où tu es et tu as dropé la vague du mec qui a le casque » ! Le vieux con ? Mon Néo-Zélandais ! Merde ! Envie de tout arrêter, moral à zéro, je me promets de passer voir mon petit vieux et lui offrir une bière pour m'excuser. Trop tard, disparu, sans doute vers l'hôpital le plus proche. Le vieux con, c'est moi ! David me rassure alors en me disant qu'il lui avait piqué deux vagues auparavant et que ça n'était qu'un accident de surf comme ça arrive mais qu'il fallait que j'arrête de me lancer dans les vagues sans être sûr d'être prioritaire... Bon alors, c'est qui le vieux con ?
Le mois prochain : Départ pour l'île de Rote

Daniel Despin

 

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