Grandes vacances au Spitzberg

Oubliées la climatisation et la collection de ventilateurs achetés in extremis en grande surface.
 
Didier Ellie

Pour éviter la canicule que pourtant, cette fois, on attendait de pied ferme, le Royannais Didier Ellie avait prévu, du 18 juillet au 6 août 2004, un petit tour en kayak au-delà du cercle polaire arctique. Finalement, la canicule a joué les filles de l'air mais Didier est bien parti, laissant tomber les plages bondées pour les étendues glacées du Spitzberg. Il en est revenu et raconte.

Au milieu de nulle part, à 3 500 kilomètres au nord de Paris, se dresse un chapelet d'îles bien au delà du cercle polaire arctique. L'archipel du Svalbard, sous tutelle administrative norvégienne mais « extension territoriale » de nombreux pays (France, Russie, Allemagne, Pays-Bas, Norvège,...), est une destination d'exception permettant d'approcher la solitude des étendues vierges et glacées.

Le Spitzberg est la plus grande île du Svalbard et de loin la plus peuplée (environ 2000 habitants en été). Comme tous les touristes, nous atterrissons le 18 juillet dernier sur l'aéroport de Longyearbeen, capitale du Svalbard.

Notre expédition, organisée par Grand Nord - Grand Large Production, a pour but d'explorer en kayak les baies du Roi et de la Croix, deux grands fjords situés au nord-ouest du Spitzberg. Le départ est donné de Ny Alesund, ville la plus septentrionale au monde que nous atteignons après un court vol au-dessus des glaciers. De par sa situation à seulement 1200 kilomètres du pôle Nord, Ny Alesund est le lieu de départ privilégié de très nombreuses expéditions polaires.

Après une journée de préparatifs intenses, nos kayaks sont prêts à partir pour une petite vingtaine de jours en autonomie totale dans un univers envoûtant.

A la fin de la première journée de kayak, nous pouvons déjà tirer une leçon : le temps change très vite. Partis de Ny Alesund par un temps relativement clair, nous arrivons sur l'île de Blomstrand au milieu de la baie du Roi dans un brouillard pesant. Les bancs de brouillard se superposent tous les cents ou deux cents mètres d'altitude, le vent est calme, la mer d'huile. Nous prenons notre rythme de voyage. Une journée kayak, une journée randonnée. Les nuits - le sont-elles vraiment puisque le soleil ne se couche jamais à cette époque de l'année - sont rythmées par les tours de garde que nous devons effectuer pour prévenir toute attaque d'ours polaire durant notre sommeil. Un d'entre eux a détruit le camp précédent et a contraint à un pénible ravitaillement en cours de voyage. Nous dormons sur les moraines au pied des glaciers, grondant et craquant au rythme de leur lente évolution. La température est comprise entre 5°C et 8°C mais ressentie bien différemment lorsque le vent souffle et que le brouillard s'en mêle.

Nous quittons la baie du Roi après y avoir passé quatre jours. Le passage dans la baie de la Croix exige une partie de kayak en mer dont certains estomacs souffrent un peu. Le camp est établi face au magnifique glacier du Quatorze Juillet bordé par une falaise où nichent des milliers de macareux et guillemots. Au retour d'une visite aux oiseaux nicheurs, nos kayaks nous permettent d'aborder de petits icebergs sur lesquels paressent de beaux phoques barbus. Ils restent couchés nonchalamment à nous observer, sans crainte. Nous pourrions les toucher...

Les étapes s'enchaînent. Les journées kayak sont plus ou moins difficiles en fonction de l'état de la mer et du vent. Les randonnées nous permettent d'observer des rennes, des quantités d'oiseaux et de tester l'agressivité réelle de la sterne arctique, championne du monde toutes catégories de la migration du pôle Nord au pôle Sud, qui nous attaque en piqué jusqu'à nous taper le crâne à chaque fois que nous approchons de trop près un nid. Les renards viennent nous rendre visite jusque dans le camp dans l'espoir d'un repas facile.

Un brusque coup de vent rencontré lors d'une longue étape de kayak complique la fin du séjour. Ne pouvant plus faire face aux éléments, nous fuyons vent arrière jusque dans l'anse de Signehamna dans laquelle nous resterons bloqués cinq jours tout au nord du Spitzberg. Trois bateaux de plaisance nous tiendrons compagnie dans ce havre durant ces quelques jours. Ce seront nos seules rencontres humaines de tout notre séjour en baie de la Croix.

Durant les rares accalmies, nous randonnerons jusqu'à un camp allemand datant de la seconde guerre mondiale et auront le bonheur d'aller, dans un intermède météo « spitzbergien », jusqu'au merveilleux glacier Lilliehook avec son énorme front d'une dizaine de kilomètres. La technologie nous rattrape pour le retour. Ne pouvant revenir pas nos propres moyens à Ny Alesund, notre lieu de rendez-vous, nous utilisons notre téléphone satellite pour spécifier la position à laquelle le bateau doit venir nous récupérer. Ce léger décalage aura pour conséquence dix-sept heures de mer dans une sorte de chalutier pour rentrer jusqu'à Longyearbeen. Qu'importe ! Nous avons vécus dans une ambiance extraordinaire durant une vingtaine de jours. Fini le silence assourdissant des tours de garde, les jours sans nuits, le sentiment absolu d'isolement. C'était le Spitzberg à 79° 19' 56'' Nord.

 

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