Gaboriau Emile

Oublié en France, l'écrivain Saintongeais fut pourtant le créateur d'un genre littéraire, le roman policier, inauguré avec un roman paru en 1865 intitulé «L'affaire Lerouge». Lecoq, son personnage de policier génial, aura de nombreux descendants dont un certain Sherlock Holmes.
Roger Bonniot, écrivain d'art et historien, membre de l'Académie de Saintonge, a rappelé le romancier à notre souvenir dans plusieurs études «pour rendre à ce fils des Charentes la place qu'il mérite». C'est à lui que nous nous référons pour tracer le portrait de celui que l'on appelait outre-Manche «the father of the Detective Novel», le père du roman policier.

Etienne-Emile Gaboriau est né le 9 novembre 1832 à Saujon. Son père, Charles-Emile, fils d'un notaire de Jarnac, exerçait les fonctions de receveur à l'Enregistrement et avait épousé la fille d'un notaire de Cozes, Marguerite-Stéphanie Magistel.
Après plusieurs mutations, Charles fut nommé à Saumur et Emile entra au collège. Ses études ne furent pas brillantes mais c'est là qu'il découvrit les récits du détective amateur Dupin, le héros d'Edgar Poe.
A la sortie du collège, le jeune homme s'opposa violemment à son père qui avait envisagé pour lui une carrière de notaire. Il monta finalement à Paris avec des rêves de gloire littéraire mais dut se contenter de modestes emplois. À force de persévérance, il finit par être admis comme chroniqueur littéraire en 1858 aux deux hebdomadaires humoristiques, La Vérité et Le Tintamarre. Il publia entre 1861 et 1863 des ouvrages divers dont deux amusantes études de moeurs, Le 13ème Hussard et Les Gens de bureau qui obtinrent un petit succès et inspirèrent Courteline.
A la fin de l'année 1861, Charles Gaboriau fut nommé à Jonzac où il prit sa retraite. Sa fille épousa un avocat de la ville, Georges Coindreau, appelé à devenir maire de Jonzac et conseiller général du canton.
En 1862, Emile devint chroniqueur parisien pour un jeune quotidien lyonnais, Le Progrès, puis secrétaire de rédaction et chroniqueur de Jean Diable, hebdomadaire fondé par Paul Féval. Chargé de la chronique de politique étrangère à la rédaction du Pays, quotidien parisien d'information, il publia dans ce journal en 1864 un roman intitulé L'Affaire Lerouge, passé inaperçu.
Deux ans plus tard, ce roman, publié en feuilleton dans le quotidien Le Soleil, remporta un immense succès et un second roman, Monsieur Lecoq, du nom du détective présenté dans L'Affaire Lerouge, publié dans Le Petit Journal, quotidien lu dans toute le France, eut le même retentissement. Emile Gaboriau devint célèbre, confortablement rémunéré et publia plusieurs romans policiers dans Le Petit Journal.
Après la guerre de 1870 et la Commune, pendant lesquelles Emile Gaboriau resta à Paris, participant à la mobilisation de la Garde Nationale et assurant la parution du Petit Journal, l'auteur reprit la publication de ses romans, notamment La Corde au cou, dont les évènements se situent en Saintonge. Roger Bonniot décrit ainsi le cadre du roman :

La petite ville qui sert de cadre au déroulement de l'action est Jonzac, mal dissimulée sous le nom de Sauveterre. Au cours de ses fréquents séjours auprès des siens, l'excellent observateur qu'il était s'est pénétré des habitudes de vie et de langage de la haute Sain­tonge, plus caractéristiques qu'aujourd'hui et qu'il n'avait guère eu la possibilité de connaître auparavant.
Il y a là tout un petit peuple savoureux, en particulier une sorte de clochard rural, qui croit fermement aux sorciers, et un ménétrier aux longs cheveux plats, qui chante de vieilles chansons patoises (en fait, un policier parfaitement dans la peau du personnage). On retrouve dans leur langage des expressions propres à la province, qu'on entend encore aujourd'hui au fond des campagnes. Et le cadre où vivent les paysans est on ne peut plus saintongeais. L'auteur veut-il décrire la chambre d'une ferme ? «C'était une grande pièce au sol de terre battue, aux solives noires, chargées d'outils et de paquets de graines. Deux lits à colonnes torses et à rideaux de serge jaunie, deux grands bons lits de Saintonge, occupaient tout le fond». Veut-il évoquer les veillées au village, aujourd'hui disparues? «Ces bonnes veillées où l'on boit du vin cuit et où l'on conte des gaillardises aux filles en écossant les haricots et en égrenant le maïs.

Dans ses derniers romans, l'auteur, qui rêvait d'une reconnaissance littéraire pour des romans psychologiques et sociaux, abandonna l'intrigue policière.
En 1873, Emile Gaboriau, de santé fragile et épuisé par les excès de travail, décida d'abandonner Paris pour un temps. Il avait prévu de s'installer sur la côte royannaise pour y écrire dans le calme, à Saint-Palais-sur-Mer, là où sa soeur et son beau-frère possédaient une villa dominant l'Océan, Les Sapins.
Le 7 août 1873, Emile Gaboriau adressait à sa sœur Amélie, une lettre dans la quelle il racontait son passage à Royan du 6 au 7 août :

......A six heures trente trois minutes, je faisais mon entrée dans Royan. Je suis allé me promener, histoire de voir la ville. Elle me plairait si les rues ne pullulaient de messieurs à plate et sotte figure et de dames aux toilettes aussi prétentieuses que ridicules. J'ai entendu causer dans quelques groupes. On dirait des crétins du Valais débarrassés de leurs groitres.

Il loge pour la nuit chez un boulanger. Ses fenêtres donnent sur le casino et il passe une mauvaise nuit. Au matin, il se rend à pied à Pontaillac pour se baigner mais il lui faut revêtir le grand costume des baigneurs :

 Lorsque l'eau fait coller ce costume sur le corps, il accuse des difformitéss lamentables et va même jusqu'à en créer. Le beau sexe est alors particulièrement laid.

Après son bain et l'appétit venu, il va déjeuner à l'Hôtel d'Orléans, recommandé par son beau-frère Georges Coindreau  :

Le  misérable puisse-t'il y périr de la faim ! Soixante convives se battaient autour de la nappe et [il n'a réussi] à se procurer que six huitres, cinq crevettes et une quarantaine de noisettes. Après quoi, un liquide noirâtre baptisé café.

En septembre, les deux couples se rendirent à Saint-Palais pour déterminer l'emplacement de la future construction mais au retour, Emile Gaboriau fut pris de violentes douleurs et mourut brusquement.
L'écrivain fut inhumé à Jonzac dans un lieu appelé aujourd'hui l'ancien cimetière.


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