De Labarthe R., maire de Royan

1761 - Royan 1827
Raymond de LABARTHE, chevalier, maire de la Restauration, créateur de la station balnéaire de Royan, royaliste de droit divin convaincu, épouse en 1792 Angélique-Alexandrine-Elisabeth-Thérèse Vallet de Salignac, fille unique du seigneur de Mons et premier maire de Royan. Labarthe, de taille moyenne, le nez aquilin, les yeux bleus, le front large, est l'un des intellectuels de la ville, un vrai personnage de roman.
Farouche royaliste, signant Labarthe jusqu'en octobre 1814, il ajoute la particule à son nom à cette date. Sous la Terreur, il attaque, sans succès, le sans-culotte royannais Faye, curé défroqué et ancien maire de l'Eguille pour abus de biens séquestrés et trafic sur les assignats. Dénoncé par ce même Faye sous le Directoire comme l'un des meneurs, avec son beau-père, des contre-révolutionnaires puants d'aristocratie, Labarthe riposte par une pétition, signée par 50 habitants, contre Faye pour lequel il a " le plus souverain mépris ", lequel répond en désignant Labarthe comme un " intrigant coryphée des Royalistes de ce canton ".
Quand Bonaparte met fin à la Révolution le 18 brumaire en 1799, les Royannais font une grande fête populaire en son honneur où Labarthe, féru d'éloquence, fait un discours glorifiant ce grand général, ce jeune héros, qui met fin à " une stupide et atroce tyrannie " et vient de rétablir en quinze jours la paix avec l'Angleterre et la Russie. Labarthe, devenu adjoint municipal, dénonce Faye à nouveau car il n'est pas " digne de représenter auprès de nous le héros auquel la France doit l'espoir le mieux fondé de son bonheur à venir ". Faye est forcé de quitter Royan bien qu'il ait déclaré que Labarthe a fait signer cette dénonciation par " des gens simples et crédules, ses valets, ses colons, son perruquier et son boucher ", ce qui dénote son riche train de vie. Il figure d'ailleurs avec son beau-père Vallet-Salignac parmi les personnes les plus imposées du département et s'ils ont perdu leurs particules lors de la Révolution, ils ont conservé leurs fortunes et la propriété de Mons.
En 1814, la nouvelle municipalité, unanime, adhère avec enthousiasme au rétablissement de Louis XVIII et charge trois de ses membres d'aller rendre hommage au duc d'Angoulême, frère du roi, à Bordeaux. Labarthe membre du conseil municipal est leur porte-parole. Oublieux de son discours du 18 brumaire, il explique au duc qu'à Royan les satellites du tyran, du bourreau de la France, du nouvel Attila, ont voulu faire sauter le fort et si la divine providence n'avait permis aux mèches de s'éteindre, la ville n'aurait été qu'un monceau de ruines peuplé de cadavres. Il semble conserver son poste de conseiller municipal durant les Cent jours et Paul Dyvorne fait remarquer méchamment qu'un nom de ceux qui ont prêté serment à l'Empereur a ensuite été rayé et laisse entendre qu'il s'agit de Labarthe. 
En septembre 1815, après l'abdication définitive de Napoléon, Labarthe est nommé maire par les autorités après bien des hésitations car cet " ami du roi " est décrit comme susceptible, prompt à s'échauffer et ayant eu de nombreuses querelles avec les habitants tous "ennemis du roi". Cette nomination consterne les Royannais qui aspirent à retrouver le calme et redoutent l'esprit revanchard de ce farouche partisan de la monarchie de droit divin. Orgueilleux, il signe désormais "de Labarthe" et Pelletan le décrit comme un " pontife municipal majestueux ". Cet homme prodigue jette l'argent par les fenêtres et vit si magnifiquement dans son château de Mons, avec berline pour sa femme, précepteurs pour ses enfants et meute de chasse, qu'il finira par se ruiner. Il réunit son conseil à Mons et est souvent méprisant envers ses concitoyens qu'il toise de haut et traite comme des manants. Le 21 janvier 1816, jour anniversaire de la mort de Louis  XVI, il décrit Napoléon, sans le nommer, comme un " tigre courroucé, à jamais enchaîné, qui a failli engloutir la nation " et décrète un jour de deuil durant lequel tous les travaux sont suspendus et les " billards, cafés, hôtels et cabarets " fermés pendant qu'un détachement de la garde nationale accompagne les autorités à l'église avec deux tambours. En août 1818, quelques Royannais osent porter devant le préfet, lors d'une cérémonie officielle, un œillet rouge à la boutonnière. Labarthe rappelle que ce signe de ralliement est proscrit, comme la cocarde tricolore et la violette, et en décrète l'interdiction sous peine d'être traduit " sur-le-champ devant les tribunaux ". Chaque année, le jour de gloire est le 25 août pour la Saint-Louis, grande fête de la monarchie. Chaque ménage, par un impôt en théorie volontaire, offre un fagot et la population s'assemble sur la Grande Conche autour d'un énorme tas de ces fagots empilés sous un mât de navire, surmonté d'un tonneau de goudron. Toutes les maisons sont pavoisées de drapeaux blancs, ceux qui n'en possèdent pas mettent simplement une chemise ou une serviette au bout d'un bâton. Au moment où le soleil se couche, arrive le maire, au son du tambour, depuis le château de Mons ; Labarthe marche à la tête d'une vingtaine de douaniers en uniformes, grave et solennel, la tête droite, le pouce de la main gauche passé dans le revers de son gilet, le chapeau à la main et revêtu de son écharpe blanche. Il confie à une jolie demoiselle le tison, et dès que la flamme se met à grimper, tous les chapeaux se lèvent en l'air au cri de "Vive le roi", repris par la population avec plus ou moins d'enthousiasme.
Son sectarisme politique mis à part, Labarthe gère très bien Royan et voit tout de suite l'intérêt de la petite ville à l'arrivée des premiers baigneurs. Malgré de gros problèmes financiers et des problèmes administratifs difficiles car rien ne peut être fait sans l'accord du sous-préfet, il améliore Foncillon, alors désert, en y plantant en quinconce des tamaris achetés aux pépinières royales de Rochefort, aménage la Place du Canton, crée un octroi, installe les premières cabines de bains à Foncillon et à la Grande Conche et la première pompe sur la Grande-Rue qui est pavée. Le succès des bains de mer et l'afflux, très limité, d'une centaine de baigneurs pour tout l'été, des Charentais en grande majorité, l'amènent à faire publier au son du tambour et afficher dans les lieux publics l'arrêté historique du 20 juillet 1819 qui interdit aux hommes de se baigner nus devant les dames, ce qui est une insulte à la décence publique. Il réserve exclusivement aux dames la Conche de Foncillon, tandis que les hommes qui veulent continuer à se baigner dans le plus simple appareil doivent aller, pour éviter tout libertinage, dans la Grande Conche à plus de 500 mètres des premières maisons de Royan, ou dans la conche du Chay, près du fort. Il doit renouveler cette interdiction, peu suivie d'effet, puis il demande à ses concitoyens de ne plus emmener leurs cochons, chevaux et autres bestiaux pour les laver au milieu des baigneurs. Inquiet des maladies contagieuses, il interdit aux protestants qui forment la très grande majorité de ses administrés d'enterrer leurs morts dans leurs jardins comme ils le faisaient traditionnellement depuis la révocation de l'Édit de Nantes et soutient la vaccination toute récente, ce qui lui vaut une médaille d'or. Il interdit aussi d'amonceler les immondices sur la voie publique, d'y laisser les cochons en liberté et les enfants y faire ce qui est "contraire à la décence et à la santé", et comprend l'intérêt du vapeur qui relie Bordeaux à Royan, si les Bordelais ne sont pas les plus nombreux, ce sont les baigneurs les plus riches.
Labarthe, en désaccord sur l'octroi avec les pouvoirs publics qui veulent y inclure Saint-Pierre, où se trouve son château, et qui en a toujours été exclu, est désavoué par son conseil. Ulcéré et blessé dans son orgueil, il démissionne en janvier 1826. Le conseil municipal se loue des relations qu'il a eues avec ce "magistrat éclairé" et ajoute perfidement que ce vote a été fait à la demande expresse de Labarthe qui refuse de recevoir son successeur. Ces mesquineries n'enlèvent rien au mérite de celui qui a fait passer sa commune de 2132 habitants en 1815 à 2521 en 1826 soit une augmentation de près de 20 % en onze ans et a transformé un bourg sans prétention de 300 maisons mal alignées en une coquette petite station balnéaire.
Par contre, Labarthe vit dans la misère. A la fin de sa vie, Pelletan le décrit dans son château sans meubles et en ruines, malade, grelottant dans un cabinet noir sur un grabat, sa vieille robe de chambre trouée laissant entrevoir qu'il ne possède même plus une chemise et auquel son boulanger refuse une livre de pain à crédit. À sa mort en 1827, il faut emprunter un drap pour l'ensevelir et toutes ses propriétés, dont le château de Mons, sont vendues aux enchères.

Guy BINOT

G. Binot, Histoire de Royan et de la presqu'île d'Arvert, Le Croît vif, Paris, 1994
J.R. Colle, Royan, son passé,ses environs,Quartier Latin, La Rochelle, 1965
P. Dyvorne (Valery Dupon), Au fil des années, Royan, Billaud, Royan, 1912
P. Dyvorne, Trois manoirs saintongeais, Mons, Belmont, Orignac, Royan, 1920


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