Avril 1945 : la libération de Royan

Par Marie-Anne Bouchet-Roy

Maintenant que les opérations offensives n'ont plus lieu que sur le front d'Allemagne, des détachements de l'armée française peuvent venir appuyer les FFI devant Royan. Il faut alors organiser les Forces Françaises du Sud-Ouest en vue de l'attaque.

 

Carte de la libération

Carte extraite du livre de Gayot : "la libération du sud-ouest"

Organisation des troupes de libération

L'attaque sera menée par les FFI, transformées en unités régulières, appuyées par :

  • le 4ème régiment de Zouaves
  • le 4er régiment de Spahis marocains
  • le bataillon de marche n°2 (noirs de l'Oubangui)
  • le 6ème bataillon de tirailleurs nord-africains
  • une partie des chars, de l'artillerie et du génie de la 2ème DB.
  • 2 escadrons de chars du 13ème dragon
  • la 13éme brigade d'artillerie américaine
  • un régiment de canonniers marins
  • de très importants moyens en aviation française et surtout américaine.

Le 25 mars 1945, le Général de Larminat, commandant le détachement d'armée de l'Atlantique dissout le commandement des Forces Françaises du sud-ouest.

Il crée :

  • une division Gironde aux ordres du Général d'Anselme. Objectifs : l'ensemble des organisations ennemies de Royan.

. Elle comprend :

  • un groupement nord aux ordres du colonel Granger qui attaquera sur l'axe Médis, Belmont, Royan.
  • un groupement sud aux ordres du Général Adeline qui attaquera sur l'axe Musson, St Georges de Didonne, Pointe de Vallières.
  • une brigade Oléron aux ordres du Général Marchand qui débarquera sur la rive sud de la Seudre.

    Les opérations seront appuyées par :
  • la force navale de haute mer aux ordres de l'amiral Rue qui comprend entre autres le cuirassé "Lorraine", et le croiseur "Dusquesne". Mission : détruire les batteries lourdes de Royan.
  • les forces aériennes qui comprennent :
  • 100 avions français sous les ordres du Général Comiglion-Molinier.
  • des formations américaines.

Mission : détruire les ouvrages et les batteries ennemies, interdire tout mouvement ennemi entre La Rochelle, Royan, La Pointe de Grave.

Tout est prêt pour l'attaque qui portera le nom d'opération "Vénérable".

Ordre général n°7 du Général de Larminat donnant l'ordre d'attaque de la Poche de Royan le 13 avril 1945

Le moment est venu de faire sauter la forteresse ennemie Royan-Grave. Les moyens matériels sont réunis, le succès de l'opération ne dépend plus que de l'audace et de la sagesse des chefs, de la valeur et de l'intelligence des soldats.
L'ennemi est solidement retranché et puissamment armé. Tout porte à croire qu'il se défendra courageusement.
Soldats FFI du Front de l'Atlantique, votre heure est venue. Vous recevrez l'aide des camarades chevronnés de la Division Leclerc et de l'artillerie américaine. Montrez-leur, montrez à la France, que vous savez vaincre dans une bataille en règle.
Soldats, aviateurs, marins, vous vous battrez pour libérer un coin de notre sol. Mais vous vous battrez surtout pour dégager le port de Bordeaux, indispensable à nos importations, pour que les Français mangent à leur faim, l'hiver prochain. C'est une part notable de la renaissance du Pays qui est entre vos mains, pensez-y.

Signé : De Larminat

L'attaque de Royan 14 avril - 17 avril 1945

Elle comporte 3 phases :

  • Le samedi 14 avril, jour K : conquête des avant-postes sur la crête : Semussac, Château de Didonne, Musson, Trignac, Médis, Brie.
  • Le 15 avril, jour D : attaque du réduit de Royan
  • Les 16 et 17 avril, jour D+2 : nettoyage de la Presqu'Île d'Arvert.
L'attaque du 14 avril 45

Elle commence à 6 H 35 après une préparation d'artillerie.

  • Le groupement nord de la division Gironde occupe Médis à 9 H30, Pouyaud et Puyravault à 10 H 45, Brie à 12 H30.

Bilan : 119 prisonniers ; Pertes : 31 tués, 75 blessés

  • Le groupement Sud occupe le Château de Didonne à 8 H 35, Semussac à 9 H 15, Trignac à 11 H et Musson à 12 H.

Les objectifs étant atteints, l'offensive se porte sur Meschers à 12 H 30, la ville n'est prise qu'à 18 H30. Bilan : 150 prisonniers ; Pertes : 13 tués et 50 blessés. De 9 H 30 à 12 H l'aviation n'a pas cessé de bombarder l'ennemi, 3 200 tonnes de bombes ont été déversées.

L'attaque du réduit de Royan - 15 avril

À 8 heures, le bombardement recommence avec 1350 avions. De plus sont lancées pour la 1ère fois des bombes au napalm. Un correspondant de guerre de l'agence France-Presse :"Pour la 1ère fois des bombardiers lourds ont lancé le gros bidons remplis d'une substance extrêmement inflammable qui se répand sur le sol et brûle tout sur un espace de 69 m2. 726 000 litres de ce liquide ont été déversés sur les points d'appui allemands. Son effet est semblable à celui des lance-flammes utilisés par les forces terrestres.

Le groupement nord attaque sur l'axe Médis-Belmont-Royan

L'attaque de Belmont, racontée par l'Amiral Meyer. "La crête de Belmont est un coteau boisé, formant un éperon entre des marais inondés. Elle est protégée par des chaînes de casemates bétonnées, des armes automatiques, des mines. Pour aborder la position, il faut franchir 2 km de dépression."
"L'aviation alliée avait déversé sur la position pendant 2 jours 4 000 tonnes de bombes et 30 000 obus, mais elle paraissait encore intacte. L'assaut est donné par le 4ème régiment de zouaves, plus un escadron de chars lourds et une unité de choc de la 2ème DB. Il y aura 3 vagues d'assaut. Par bonds, les soldats atteignent la crête. Chassés de leur tanière par les grenades lancées par les embrasures, les Allemands se rendent à 16 H30."

Le groupement sud

À 15 H 20, St Georges de Didonne est dépassé. À partir de 19 H, les liaisons sont faites entre les groupes dans Royan et St Georges de Didonne.

Le nettoyage de la presqu'île d'Arvert - 16 et 17 avril

La division Gironde se divise en 4 groupements : ouest, est, nord et sud. L'attaque est déclenchée à 6 H 30:

  • Le groupement Ouest : occupe Vaux à 10 H 30, St Augustin à 12 H, Les Mathes à 13 H.
  • Le groupement Est perce une brèche à 15 H à Fontbedeau, atteint Etaules à 19 H 30 et arrive devant la Tremblade à 21 H.
  • Le groupement Nord continue le nettoyage de Royan et enlève l'ouvrage de Jaffe à 15 H.
  • Le groupement Sud atteint la mer à 11 H après avoir nettoyé le bois entre St Georges et Royan. Le réduit de la Pointe de Vallière est occupé à 13 H.

La brigade Oléron comprend un groupement nord, un groupement sud.

  • Le groupement Nord débarque sur la rive sud de la Seudre à 7 H 45 et occupe la Tremblade à 10 H.
  • Le groupement Sud voir avec Eric où? débarque à 7 H 30 et occupe à 14 H une tête de pont large de 5 Km et profonde de plus de 2 Km.

Ce jour-là, le Général De Larminat envoie au Général de Gaulle le message suivant : "Royan est pris et nous entreprenons le nettoyage de la presqu'île - Nous progressons dans la pointe de Grave - Le boche se défend partout. Excellente coopération de l'aviation et de la force navale. Les FFI se battent comme des anciens Respectueusement".

La journée du 17 avril

Le réduit de la Coubre subit des bombardements d'artillerie et d'aviation. La brigade Oléron nettoie la partie nord de la Presqu'île.
"A 11 H 15, le blockhaus de l'amiral Michahellis à Pontaillac est attaqué. La réaction est vive mais à 12 H 35 apparaît un fanion blanc. À 12 H 40, Michahelis et son état-major se constituent prisonniers. Le Général d'Anselme décide alors d'engager des pourparlers de reddition dans la pointe de la Coubre. Le commandant allemand du réduit de la Coubre obtient un délai de 12 heures. Le 18 avril à 8 H les troupes allemandes se rendent. (Récit du Général Adeline).

L'opération a mis en oeuvre du côté français 25 000 hommes, 200 chars, 250 pièces d'artillerie, plus de 100 000 coups de canons furent tirés, 1 000 forteresses volantes lâchèrent plus de 7 000 tonnes de bombes.
Les pertes françaises : 154 tués, 700 blessés
Allemands : 749 tués.

Cette attaque d'une étonnante violence a achevé l'oeuvre de destruction du 5 janvier 45. Non seulement les bombardements ont pulvérisé les maisons qui restaient mais ils ont aussi fait des victimes parmi les civils qui s'étaient maintenus dans la poche.

Conséquences sur la population civile

Après le bombardement, la majorité des civils s'était regroupée dans le village des Mathes. Théoriquement, cette zone était neutre, mais après le Docteur Domecq, ni les FFI, ni les avions de bombardement n'étaient au courant de cette neutralité et la région des Mathes ne fut épargnée que par un hasard miraculeux. De même, toujours d'après le Docteur Domecq, les résistants de l'intérieur ne furent pas prévenus de la date exacte de l'attaque.
Par bonheur, les victimes civiles ne furent pas en trop grand nombre, environ une vingtaine. Il n'en fut pas de même pour la ville. Les bombes au napalm provoquèrent d'énormes incendies dans Royan et dans les forêts. De la cité, il ne restait plus rien. Il suffit de lire les témoignages des correspondants de guerre, des journaux de l'époque.

Les "Forces Françaises" daté du 25 avril 45. "Royan n'est plus une ville, c'est un amas de ruines". "La Nouvelle République" daté du 19 avril 45. "Les chars passaient devant le casino et la poste en flamme...". "La Voix des Charentes" daté du 21 avril 45 : "Royan est libérée mais c'est une ville martyre, ... tordue par les incendies, inhabitable par un long moment par sa population.
C'est alors que les Royannais, mesurant l'étendue de ce second désastre voient, dans les jours qui suivent, des hommes et des officiers des troupes françaises, leurs "libérateurs", se livrer à un pillage systématique des ruines. Tout ce qui peut avoir encore un peu de valeur s'entasse dans des convois pour être vendu à Bordeaux ou à Saintes.

La population s'interroge et s'insurge : Pourquoi la bataille de Royan alors que la reddition de l'Allemagne ne faisait plus aucun doute ? Pourquoi ce coup de grâce à une ville déjà si fortement éprouvée quand les troupes allemandes de la poche n'auraient pas fait de difficulté pour se rendre ?Pourquoi aucun des Généraux, n'a-il arrêté le pillage alors qu'il lui aurait suffi de donner des ordres ? Ces questions restées sans réponse ont donné lieu à de nombreux débats.

Les polémiques sur la libération de Royan

Grâce à d'habiles pourparlers menés avec persévérance par le Commandant Meyer, les troupes allemandes de la Rochelle se sont rendues sans combat.
Mais le 2 février, quand l'amiral Michahelles propose, toujours au commandant Meyer des négociations pouvant aboutir à une éventuelle reddition, l'état-major répond : "il serait bien difficile de priver d'un combat ardemment désiré et d'une victoire certaine, l'armée du Sud-ouest qui piaffe l'arme au pied depuis des mois". Mais peut-on sacrifier une ville pour satisfaire des soldats déjà couverts de gloire ? Non répond Paul Métadier, ancien maire de Royan, pour lui, le Général de Larminat qui a dirigé l'attaque "devait être le seul à estimer qu'il avait écrit une nouvelle page de gloire..., du point de vue national, il suffisait d'attendre la conclusion normale des évènements". Le général de Larminat, souvent mis en accusation, invoque, pour justifier l'attaque de Royan, les raisons suivantes : d'une part il fallait libérer l'entrée du port de Bordeaux, d'autre part, "les soldats avaient le désir de libérer le sol de la partie, ils ne voulaient pas que l'ennemi, capitulant de son propre gré, eût l'impression d'être invaincu..."

Mais ces arguments sont immédiatement réfutés ainsi : "Pour le port de Bordeaux, il faudra attendre la fin Août suivante pour voir remonter le premier bateau." Quant au désir de libérer la France, "n'y a-t-il pas autant de gloire à être un pacificateur qu'un pourfendeur ?" demande le docteur Veyssière. Aussi pense t-on à Royan que si les tractations du commandant Meyer n'ont jamais abouti : "ce serait peut-être parce que le Général de Larminat se morfondait à Cognac dans l'inaction, alors que d'autres chefs se couvraient de gloire et d'honneur sur le front d'Allemagne."

Certes, le Général de Larminat porte certaines responsabilités, mais ce que les Royannais oublient, c'est que la décision d'attaquer une ville avec tels moyens dépassait de loin ses prérogatives. Aussi faut-il se tourner vers les échelons supérieurs de commandement pour comprendre le pourquoi de l'attaque de Royan. À ce niveau, une hypothèse est avancée : il était indispensable aux troupes françaises, anciennement FFI, qui n'étaient pas vraiment reconnues, ni par les Allemands, ni par les Alliés, de libérer elles-mêmes la dernière partie du territoire français occupé, prouvant ainsi avec éclat leur valeur militaire. C'était à ce prix que la France pouvait figurer en bonne place parmi les vainqueurs.
Par contre, au sujet des pillages, il est difficile d'admettre que le Général de Larminat ignorait la situation, alors que certains habitants se voyaient interdire l'entrée de leur maison pendant qu'on les déménageait alors que même le chef du service de police militaire chargé de réprimer le pillage y était mêlé. Un journal de l'époque écrivait : "C'est pour cela que Royan - seule ville en France - n'a pas de fête de la libération..."

Ainsi, contrairement à la majorité des villes françaises, le mot de libération n'éveille pour les Royannais que de douloureux souvenirs et des questions restées sans réponse.

 
La réddition de l'Amiral Michahellis

La réddition de l'Amiral Michahellis le 17 avril 1945
photo extraite du livre de l'Amiral Meyer "entre marins"

 

Photographies de la visite du général De Gaulle à Saint-Palais

René Giraud, né le 19 décembre 1921 à Royan, a eu l'occasion de prendre plusieurs photos du Général De Gaulle lors de sa venue à Saint-Palais, le 22 avril 1945.

Il raconte : "J'ai demandé une permission de 48 heures, pour voir mes parents, restés à Saint-Palais-sur-Mer. Le 22 avril 1945, aux "Cinq journaux", dans la plaine d'Arvert, le Général de Gaulle a passé en revue toutes les unités ayant participé aux combats de libération de la poche de Royan, sauf celles de la 2ème division blindée du général Leclerc, reparties d'urgence en Alsace et Allemagne. Puis il est venu à Saint-Palais, passer en revue une compagnie du bataillon de marche n°2 de l'Oubangui-Chari."

 

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