Le tramway de Royan

Texte Erick Mouton
Illustrations coll. docbarthou
Contact : docbarthou60@orange.fr

 

L'idée de faire circuler un tramway à Royan remonte à 1857 alors que les « trains de plaisir », ces bateaux à vapeur arrivant de Bordeaux les dimanches d'été, déversent sur la jetée leur flot de Bordelais assoiffés de bains de mer et de soleil.

 
Train de plaisir

Royan adopte le Decauville

plaque Decauville

En 1889, lors de l'exposition Universelle de Paris qui voit l'inauguration de la Tour Eiffel, le Député-Maire de Royan, Frédéric Garnier, emprunte, comme 6 millions de passagers, soit 40 000 par jour, le réseau de 3,5 km installé par la Société Decauville de Corbeil.
Il est subjugué, car ce matériel roulant sur une voie de 60 cm de large sans travée correspond à ce que la municipalité de Royan attendait. Victor Billaud, journaliste et imprimeur, va l'aider en communiquant sur le projet. Le photographe Fernand Braun contribuera au succès du tramway en éditant de nombreuses cartes postales le représentant. Decauville avec des fonds propres exploite un premier tronçon entre le Parc et Pontaillac dès l'été 1890 à partir des éléments de voies utilisés à Paris. Le premier Directeur de la Société des Tramways de Royan est Jules Lehucher, ingénieur chez Decauville.

 
Expo universelle 1889

Le Decauville à l'Exposition universelle de Paris en 1889

En 1891, Simon-Eugène Pelletan, maire de Saint-Georges-de-Didonne et cousin de l'ancien ministre Eugène Pelletan, dont la statue, à l'angle Nord du square Botton, sera bientôt inaugurée, fait voter par son conseil municipal le prolongement de la ligne, à travers le Parc, jusqu'à l'hôtel de Plaisance du centre de la station balnéaire.
Dans l'autre sens, la ligne atteint la Grande Côte en 1897 où les estivants peuvent monter dans le Tramway forestier exploité depuis 1875 jusqu'à Ronce-les-Bains. Enfin en 1905, le tram pousse jusqu'au Port de Saint-Georges-de-Didonne. Il atteint sa longueur maximale soit 15,2 km.
ticketsLes machines à vapeur, de 5 ou 6 tonnes, pouvaient tirer de une à quatre baladeuses ouvertes avec marchepieds, ces dernières pouvant transporter chacune 48 passagers confiés à la surveillance d'un ou deux contrôleurs et d'un ou deux mécaniciens-chauffeurs.
Au dépôt de la rue de l'Ecluse (dépôt qui existe toujours au même emplacement pour les cars Aunis Saintonge), il fallait environ 4 heures pour chauffer ces machines qui fonctionnaient avec du coke. Ce dérivé de la houille était fabriqué par l'usine à Gaz de la rue de la Grande Conche qui produisait le Gaz d'éclairage. Chaque machine utilisait, pour parcourir 1km, 50 litres d'eau et 5 kilos de coke, ce qui lui permettait de circuler à 14 km de moyenne horaire. Dans la côte de Plume la Poule, à Saint-Georges-de-Didonne, il n'était pas inhabituel de devoir descendre pour «soulager la bête».
L'épreuve la plus délicate était le franchissement de la « rampe du Port » au bout du boulevard Lessore, où le chauffeur avait l'habitude de « planter un chou » et d'avoir à redescendre en marche arrière jusqu'à l'entrée du port pour refaire de « la chauffe ». Les passagers pouvaient s'abriter dans les chalets en bois des treize stations qui en étaient pourvues. Une voie d'évitement permettant aux rames de se croiser sur la voie unique était installée tout au long du trajet et permettait au train qui s'engageait de recevoir, de celui qu'il croisait, le bâton relais, véritable sésame pour continuer le voyage jusqu'au prochain croisement. Trois points d'approvisionnement en eau étaient installés, permettant de remplir les tankers qui flanquaient les locomotives : un château d'eau avec grue-hydraulique à l'arrêt de la Place des Acacias et du Bureau de Saint-Palais, un simple tuyau à Pontaillac et la Grande-Côte qui permettaient de remplir les tankers qui flanquaient les locomotives. Tout au long des voies, des réserves de coke pouvaient être utilisées.

 
Plan Decauville

Un voyage en tram

arrêt St-Georges

Tout est prêt au départ d'une rame à Saint-Georges Port ; il est 7h15 ; on se trouve au niveau du Garage Renault, avenue de Lattre de Tassigny, à l'époque boulevard Garnier. 400 m plus loin, on atteint l'arrêt facultatif de Plume la Poule pour avaler la butte et descendre jusqu'à l'arrêt de Vallières, face à l'avenue des Amazones. Puis Parc-Façade, au niveau de la rue Notre-Dame des Dunes après avoir franchi le Riveau devant l'Octroi. Au Paradou, on rejoint la ligne qui vient du centre de Saint-Georges-de-Didonne, puis on marque un arrêt devant le Grand Hôtel avant d'aborder la Places des Acacias et son arrêt Casino Municipal à 7h30 pour refaire de l'eau et du coke en provenance de l'usine toute proche.
Depuis 1894, la rame contourne le Casino Municipal en laissant, à droite, la voie qui va au dépôt pour enfiler le Boulevard Botton en passant devant la Poste et s'arrêter devant les Nouvelles Galeries.

Rampe port LargeA partir du Grand Café Régent, on longe le boulevard Lessore dessinant ainsi le square Botton avec la statue d'Eugène Pelletan, pour laisser, à gauche, le port de commerce, franchir la rampe Torchut et s'arrêter au kiosque du boulevard Thiers devant le Café des Bains. Il est 7h37. On laisse la rue Gambetta à droite pour passer devant le Grand Hôtel de Bordeaux puis le Royal Hôtel et sa façade rococo et l'imprimerie de Victor Billaud. A l'angle du boulevard Thiers et de la façade de Foncillon, devant la statue de Frédéric Garnier, on admire l'hôtel Bellevue, puis le Casino de Foncillon avec ses deux campaniles. Dans ses jardins était installée la nouvelle Mairie de Royan qui avait quitté le Couvent des Récollets en Centre Ville.

 

Au début de l'avenue de Pontaillac, il fallait tourner à gauche pour passer derrière la Maison de Repos Amiot et devant les tennis du Garden jusqu'à l'arrêt du Chay, à 7h43. Le train longeait ensuite la plage du Chay puis passait derrière la villa les Palmiers, où la Mairie est installée actuellement, pour bifurquer sur la gauche dans l'avenue de Cordouan jusqu'à l'hôtel de l'Europe (actuellement Résidence du Golf).

 
arrêt garden

Arrêt le Chay du Garden, le personnel de la rame.

Le long des falaises de Pontaillac, le tram abordait la façade Verthamon pour s'arrêter sur une des 3 voies qui se trouvaient devant la Restauration. On avait fait alors 6 km et il était 7h47 si tout allait bien. Il restait alors un peu plus d'un quart d'heure pour arriver à notre destination finale, le Casino de la Grande Côte à Saint-Palais-sur-Mer à 8h12. Là, on pouvait emprunter une automotrice pour faire, en 1 heure 30, le trajet à travers la forêt jusqu'à Ronce-les-Bains. Il était 9h50, l'heure de s'attabler dans un café où de se baigner à la Grande Côte. Vers 16h45, il fallait entamer le trajet de retour pour prendre le bateau Gironde à 19h au bout de la jetée qui nous conduirait à Bordeaux en 5 heures de navigation jusqu'au ponton de Royan sur la place des Quinconces.

La station à 3 voies de Pontaillac.

 
arrêt pontaillac
arrêt pontaillac
arrêt St palais

Le tram dans Saint-Palais.

 

Suite et fin du tram

Durant la Grande Guerre, les nombreux blessés des Hôpitaux auxiliaires utilisaient ce transport pour passer le temps de façon plus agréable avant de guérir ou d'accepter leur invalidité
Entre les deux guerres, en saison, Gaston Nougarède qui a succédé à Jules Lehucher à la direction des Tramways de Royan, commandait une équipe de 60 cheminots qui pouvaient transporter jusqu'aux 25 000 passagers un jour de 15 aout 1935. Les voitures automobiles commençaient à envahir notre Côte de Beauté lorsque la guerre éclata et les militaires allemands étaient nombreux à emprunter le tram.

 
allemands tram

Les Allemands en route pour l'exercice.

Les bombardements alliés de janvier puis d'avril 1945 ont mis un terme à son exploitation mais la concession de la Société des Tramways de Royan venait aussi à son terme. En 1948, un ferrailleur vint d'Angoulême pour dématérialiser l'ensemble du réseau, du moins ce qu'il en restait. Il demeure ça et là, sous le bitume, des rails qui servent parfois de soutènement. Garnier est mort en 1905, Billaud en 1935 et Braun en 1948, avec le tram qui aura fait 65 ans de service. Il nous reste des cartes postales anciennes, une vie du Rail de 1955, un livret de 100 pages écrit en 1977 par des passionnés des Chemins de Fer Secondaires, Chapuis et Verger.
Ne serait-il pas possible d'emprunter à nouveau un tramway sur notre Côte de Beauté lorsqu'on se sera déshabitué du « tout automobile » et que la pollution nous imposera l'utilisation d'un moyen de transport collectif plus propre ?!

 

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