Le Pays Royannais au Moyen Âge

Texte Yves Delmas

 

Des invasions barbares à l'organisation des terres

Du Ve à la fin du IXe siècle, la Saintonge est périodiquement dévastée par les invasions : Wisigoths, Francs, Arabes, Vikings. En 418, les Wisigoths paraissent devant Saintes. Pour la première fois, un texte fait mention du bourg de Royan qui s'entoure de fortifications en 419. L'été 844, les Vikings, qui ont installé un camp de base à Noirmoutiers, remontent la Gironde, pillant tout sur leur passage. Il est certain que Royan dut subir leurs outrage.

carte gironde grand format

Lorsqu'au début du XIe siècle, un calme précaire revient, la presqu'île d'Arvert est devenue une terre en friche, parsemée de marais, couverte en partie de forêts. Celles-ci ont au moins l'avantage d'arrêter la marche vers l'est de l'énorme masse de dunes de la Coubre. Il ne reste que trois petits bourgs, Arvert, le plus important, siège de l'archiprêtré, Mornac en bordure du Golfe de la Seudre et Thaims, un gué obligatoire sur la rivière de Seudre. Royan est certainement réduit à deux petits hameaux, l'un sur le rocher de Foncillon, l'autre en retrait sur le plateau calcaire.

La renaissance de la région, dans la première moitié du XIe siècle se concrétise par le morcellement de la presqu'île en fiefs que se taillent de petits seigneurs locaux. Le fief constitué, ils s'empressent d'ériger un château, symbole de leur puissance. Ainsi, en l'espace d'une vingtaine d'années, s'élèvent les châteaux de Mornac (1022); Talmont (1030), Didonne et Mortagne (1040). Ils sont tous installés en bordure de mer. C'est, à l'époque, la seule voie de circulation possible. En ces temps de brutalité extrême, l'église apparaît comme la seule puissance capable d'imposer un semblant de paix, surtout après l'institution de la "Paix de Dieu" par le concile de Charroux en 989 et de la "Trève de Dieu" par celui de Nicée en 1041. Un seigneur qui veut mettre en valeur ses terres a tout intérêt à en céder une partie à l'église, sous certaines conditions. Cela lui permet de bénéficier de hautes protections religieuses et ces terres protégées attirent les populations errantes.

Grâce aux dons laïcs, se crée, en Saintonge girondine, un réseau de petites abbayes : Saint-Gemme en 1074, Vaux en 1075, Sablonceaux en 1136. Ces abbayes prennent sous leur protection ou implantent de petits prieurés qui servent de lieux d'attraction et de centres de mise en valeur des terres. Toutefois, l'implantation de ces prieurés n'obéit pas qu'à des impératifs économiques, la politique y est intimement mêlée. C'est ainsi que, dans la châtellenie de Royan, entre 1050 et 1075, le prieuré de Saint-Vivien de Saintes, crée le prieuré de Saint-Pierre dans le petit hameau agricole qui portera désormais son nom. De l'autre côté du marais de Pontaillac s'implante, en 1075, l'abbaye de Vaux. Pour contrebalancer, dans ses propres domaines, l'influence de Vaux, de Saintes, le sire de Didonne, seigneur de Royan, se met sous la protection de l'abbaye de la Sauve-Majeure (près de Bordeaux).
Par une charte signée en 1092 "en son propre bourg de Royan", Hélie de Didonne fait don aux moines de cette abbaye de terrains dans le bourg où ils pourront édifier une église. Il donne également des terres, une partie de la forêt de Chatelard, des vignes, une saline, à charge pour les moines de construire un prieuré (Saint-Nicolas) sur le plateau qui domine les marais de Pontaillac. En fait, le seigneur de Didonne intercale ce prieuré entre Royan et l'abbaye de Vaux.
sceau seigneur de Didonne

Le sceau du Seigneur de Didonne, avers et revers.

Grâce à cette charte, on peut se faire, pour la première fois, une idée de l'aspect de Royan à la fin du XIe siècle. Sur le rocher de Foncillon, dominant la mer, le petit bourg fortifié de Royan. A l'intérieur des palissades, il y a place pour les vignes, des jardins, des terrains vagues. Le bourg possède un four banal et, en 1092, au moment de la signature de la charte, l'église Saint-Nicolas est en construction. Accolé au bourg, un petit château ou une maison fortifiée protège le fonds de la conche qui sert de port.
C'est surtout un petit port de transit. La multitude de petits bateaux qui empruntent l'estuaire doivent faire escale à Royan dans l'attente de courants ou de vents favorables. Le seigneur de Didonne prélève une taxe, ancêtre de la "grande coutume de Royan", sur les navires qui empruntent l'estuaire. Il est fait mention de cette taxe dans la charte du prieuré de St-Nicolas. le seigneur en dispense "les navires de l'Église elle-même". A la fin du XIe siècle, toutes les terres autour du bourg sont mises en valeur. La technique est simple. Le seigneur ou le prieur installe des familles qui reçoivent un maine c'est à dire une certaine superficie de terre et les bâtiments d'exploitation.

Ainsi, en bordure de la forêt de Chatelard, Hélie de Didonne cède un maine à un colon nommé Julien qui s'y installe avec ses neveux. Grâce à une charte passée entre l'Abbé de Vaux et ses manants, le 6 novembre 1263, nous pouvons nous faire une idée des droits et des devoirs qui lient le seigneur au manant. Ainsi, Julien devient sédentaire et responsable d'un domaine. Mais en échange, il se trouve lié, attaché à cette terre. Toutefois, au XIe siècle, où la main-d'œuvre reste rare, le manant n'est pas encore un "serf taillable et corvéable à mercy".

Les travaux agricoles au fil des saisons, gravure du XIIIe siècle
paysans moyen-age

Chaque maine doit fournir "un homme pour bêcher les vignes... ou préparer d'autres terres", à charge pour le seigneur "de fournir ce jour là (à l'homme de corvée) la nourriture et la boisson". "... Un autre homme sera fourni pour couper le bois de chauffage... Cependant... ces hommes ne seront pas astreints à couper en un jour plus de deux charges en moyenne par homme". Enfin, il est clairement précisé que, pour les travaux, les manants doivent être prévenus au moins "deux jours à l'avance".

L'économie, essentiellement agricole, est basée sur les cultures : la vigne, le froment, et sur l'exploitation des écosystèmes naturels : forêts, marais. La culture de la vigne est prospère, les terres et le climat s'y prêtent. De plus, il y a une forte demande de vin de messe.
Par contre, l'extension de la culture céréalière se heurte à des difficultés techniques. Le fer est tellement rare que les instruments aratoires sont encore en bois. La seule force motrice connue est le moulin à eau. Or la presqu'île d'Arvert est pauvre en rivières. On utilise surtout de petites meules à bras qui ne peuvent servir que pour un usage domestique. Pourtant, le seigneur de Didonne, en 1092, fait mention de ses "moulins de Meschers". Il ne peut s'agir de moulins à vent qui ne feront leur apparition dans la région qu'un siècle plus tard. Ce sont, sans doute, de grosses meules actionnées par un animal.

La stagnation des surfaces emblavées, à cause du retard technique, la poussée démographique qui ne se ralentit pas, expliquent la fréquence des disettes dans la première moitié du XIIe siècle.
Heureusement, on exploite également la forêt
. Elle est omniprésente. Elle est indispensable. Nous en sommes encore à une civilisation du bois (constructions, instruments, récipients, meubles, chauffage, chasse...). La glandée, le sous-bois facilitent l'élevage des gorets, des ovins. De plus, des hommes vivent encore de la forêt et dans la forêt, sortant rarement de leur refuge. Ce sont de véritables "hommes des bois". Dans la charte du prieuré de Saint-Nicolas, il est noté que les moines reçoivent "une partie de la forêt (de Chatelard) avec ceux qui y habitent". Le seigneur est incapable de donner la moindre information sur ces habitants.
Dans cette économie, le marais joue aussi un rôle important. Grâce à l'augmentation de la population, on peut relancer l'exploitation du sel. On transforme en salines les fonds du golfe de Saint-Augustin, les bords de la Seudre. Des salines doivent se nicher dans le marais de Pousseau.
Enfin la cueillette des coquillages et la pêche apportent un complément de ressource non négligeable.

 

La valse entre France et Angleterre

Au début du XIIe siècle, les Ducs d'Aquitaine deviennent les plus puissants seigneurs du Sud-Ouest de la France. L'un d'eux, Guillaume X, après avoir détruit Châtellaillon en 1130, crée un peu plus au Nord, le port de La Rochelle. En 1137, il meurt au cours d'un pélerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Sa fille Aliénor hérite du duché d'Aquitaine. Le 27 juillet de la même année, elle épouse le Roi de France Louis VII. C'est ainsi que Royan, partie intégrante du duché, passe sous l'autorité du Roi de France.

Aliénor d'Aquitaine en prière (détail d'une miniature du XIVe s.)

Alienor d'Aquitaine
Mais le couple royal s'entend mal. Au début de 1152, le divorce est prononcé. Aliénor récupère son duché. Quelques semaines plus tard, elle épouse Henri Plantâgenet qui devient Roi d'Angleterre en 1154. Royan se retrouve dans la mouvance anglaise.

Aliénor fait de La Rochelle une puissante place forte et le plus important port d'exportation vers l'Europe du Nord. En même temps, elle favorise le développement de Bordeaux. Pour protéger ce port, il est nécessaire de fortifier l'entrée de la Gironde. C'est pourquoi les Anglais consolident les défenses de Royan. Ils entourent le bourg de solides murailles et construisent un donjon.
Les Rois de France ne peuvent accepter la perte de l'Aquitaine. Inlassablement, ils grignotent les possessions anglaises. En 1224, ils se rendent maîtres de La Rochelle. Les Anglais perdent ainsi leur principal port en Aquitaine. Ils sont obligés d'utiliser Bordeaux qui connaît, brusquement, un développement sans précédent. Ce qui nécessite le renforcement des défenses de Royan pour mieux protéger l'entrée de l'estuaire.

C'est à Royan que le Roi d'Angleterre, Henri III, débarque le 20 mai 1242, avec 300 chevaliers. Il vient défendre, contre le Roi de France, les intérêt de sa mère Isabelle qui a épousé, en seconde noce, Hugues de Lusignan. Elle accueille son fils sur la plage : " Beau fils, lui dit-elle, en le baisant moult doucement, vous êtes de bonne nature, vous qui venez secourir votre mère que les fils de Blanche d'Espagne veulent malement défouler et tenir sous leur pied. Mais s'il plaît à Dieu, il n'en ira pas comme ils pensent".
Malheureusement pour Isabelle, Henri III est battu par Saint Louis à Taillebourg et à Saintes. Il doit abandonner la Saintonge. Royan passe sous contrôle Français. Toutefois, pour des raisons obscures, Saint-Louis rend le sud de la Saintonge à Henri III. Royan repasse sous contrôle anglais.

Pour faire face aux charges qu'entraîne la garde de l'estuaire, on codifie les différentes taxes payées par le frêt des navires depuis le XIe siècle. C'est en 1232 qu'il est fait mention, pour la première fois, de cette codification connue sous le nom de "Coutume de Royan".
Les hostilités entre la France et l'Angleterre reprennent en 1337.
Elles vont durer cent ans. Cette guerre coïncide avec un brusque refroidissement du climat. La famine fait sa réapparition. Ce qui explique les ravages épouvantables de la peste noire en 1347.
Lorsque la guerre éclate en 1338, le Roi Philippe VI de Valois ordonne au Sénéchal de Saintonge de faire rapporter au Château de Mons "jusqu'à la fin de la guerre", le coffre contenant le produit de la coutume qu'on avait, à tort, laissée dans la citadelle trop exposée pour le voisinage de la mer aux surprises des Anglais".
Grâce au développement de Bordeaux, le trafic maritime est intense et la coutume d'un bon rapport. Cette lettre royale confirme l'existence du Château de Mons au début du XIVe siècle.

Gisant du Prince Noir (Cathédrale de Canterbury)

 

Gisant Prince Noir En 1355, le Prince Noir, héritier du trône d'Angleterre, occupe l'Aunis et la Saintonge. En 1365, il renforce les défenses de Royan et fait construire la première tour importante sur l'île de Cordouan. A cette époque, Royan est devenu un gros bourg, dirigé par douze échevins et douze conseillers. Au début du XVe siècle, par le jeu des héritages, la famille de Périgord cède la seigneurie de Royan à la famille de Matha. Les petits barons de la Presqu'île d'Arvert doivent, plus ou moins, hommage au seigneur de Royan. Un acte notarié du 5 avril 1431 stipule :
"L'hommage et devoir dû par Ranulphe Peyron, chevalier, seigneur de Fouilloux en Arvert, envers Noble et puissant seigneur Foucauld de Matha, chevalier, seigneur de Royan...". Sont énumérés les devoirs. L'acte se termine ainsi : "je, ledit Ranulphe, tiens et reconnais tenir de Mondit seigneur à foi et hommage lige et sous le devoir suivant, savoir : Que chaque et toutes fois que l'épouse dudit seigneur aura accouché et fera ses relevailles des couches d'un enfant mâle, dans l'intérieur de ladite châtellenie de Royan, je suis tenu de conduire ladite dame à l'église le jour où elle se lèvera pour la purification et la soutenir sous l'aisselle droite et la ramener ainsi dans son logis, moyennant quoi je dois manger avec elle au haut de table...".

 

Les Coëtivy, seigneurs de Royan

A la fin de la guerre de cent ans, en 1451, la Saintonge est de nouveau en ruine mais elle est définitivement française. Par lettres patentes du 28 octobre 1458, les seigneureries de Royan et de Mornac passe dans l'apanage de Marie de Valois, fille aînée de Charles VII et d'Agnès Sorel. La même année, Marie épouse Olivier de Coëtivy. Elle apporte en dot 12 000 écus d'or et les seigeureries de Royan et de Mornac. Elle vécut quelques temps à Royan. Elle fit restaurer le château.
Les armes des Coëtivy qui inspireront le futur blason de Royan
blason Coëtivy

Olivier de Coëtivy est un seigneur peu commode et âpre au gain. Il n'hésite pas à courir sus aux bateaux qui passent au large pour éviter de payer la coutume. Héliot Servant, écuyer, a participé à l'une de ces courses. Il témoigne : Dans l'une de ces chasses, "ils prirent troys navires de Bretaigne et les amenèrent à Royan. Mais, à la requête de la Dame de Taillebourg (Marie de Valois), icelluy de Coëtivy les laissa aller sans les confisquer et payèrent seulement ladite coutume". Dans cette affaire, Marie de Valois intervient surtout pour des raisons politiques. Elle est fille de Roi et demi-sœur de Louis XI. Or celui-ci vient de signer avec le Duc de Bretagne la paix d'Ancenis. Ce n'est pas le moment de compromettre le jeu complexe de politique européenne du roi pour trois navires.

En 1501, par son mariage avec Louise, dernière héritière des Coëtivy, Charles de la Trémoille devient baron de Royan. Par son testament en date du 30 décembre 1505, le dernier Coëtivy seigneur de Royan fait un inventaire de la ville. C'est un châtellenie qui comprend 320 à 350 feux qui paiement la taille soit un peu plus de 1000 habitantsLa ville est composée de deux quartiers ou plus exactement deux paroisses. Celle de Saint-Nicolas c'est-à-dire la Citadelle, sur le rocher de Foncillon, entourée de solides murailles, protégée par une forteresse imposante, et, de l'autre côté du vallon de Font-de-Cherves, le hameau rural de Saint-Pierre où réside le Prieur et, dans son château de Mons, le seigneur de Royan.
La Citadelle est sous les ordres d'un Capitaine. La porte d'entrée est surveillée, de l'ouverture à la fermeture, par deux gardes, l'un fourni par le seigneur, l'autre par les habitants. Ceux-ci sont astreints à quatre corvées par an pour le charroi des blés de la seigneurie et pour le bois nécessaire au château.

gravure royan et chateau chastillon

Vue de Royan avec le château de Mons selon Chastillon en 1605. (Coll. Jacques Daniel)

 

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