Les pilotes de la Gironde

Article publié le 27 mars 2012.
Textes Marie-Anne Roy, extraits du magazine L'Univers de l'estuaire 2010
Photos publiées dans le livre de Bernard Mounier, Gloire aux pilotes de l'embouchure de la Gironde, Éd. Bonne Anse 2006

Jocodus Sincerus, voyageur en France entre 1612 et 1616 ne s’y était pas trompé : «Lorsque tu voudras remonter de Royan à Bordeaux, tu auras soin de te choisir un marinier habile et de ne pas te fier au premier venu ; car ce n’est pas un jeu de s’aventurer sur la Gironde».

L’estuaire est soumis aux courants, nés de la marée, formidablement puissante, et de la poussée fluviale. Il est ouvert à la houle atlantique et les vents régionaux peuvent y soulever des « mers de vents ». Les bancs de sable s’engraissent ou s’érodent selon les conditions hydrodynamiques. L’ensemble est parfaitement imprévisible. Or l’estuaire est une grande voie de navigation, très fréquentée depuis l’Antiquité. Un moyen de commercer entre voisins, une porte ouverte sur le monde, l’accès au grand port maritime de Bordeaux et à ses terminaux : Le Verdon, Pauillac, port de débarquement des pièces de l’Airbus A380 avant leur acheminement vers Toulouse via Langon, Blaye, Ambès, Bassens. Depuis toujours, les marins estuariens se sont donc appliqués à rendre la Gironde plus fréquentable.

 
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"Brick en perdition près de la côte", 1828. Lithographie de Théodore Gudin, peintre officiel de la Marine (1810-1880), coll.BM.

 

Les pilotes, guides de haute mer
Depuis la naissance de la corporation, au XVIe siècle, les pilotes « servent » -guident- les navires qui empruntent l'estuaire. Installés à St-Palais-sur-Mer, St-Georges-de-Didonne, Royan (pour les pilotes de l'embouchure), marins d'exception, fins connaisseurs des pièges de l'estuaire, téméraires au cœur des dangers de Cordouan, ils ont littéralement animé la vie locale.
La Gironde est leur royaume... et leur charge est à la mesure de la distinction. L'ordonnance de la Marine de 1681, enjoint aux pilotes de l'Amirauté de Marennes, non seulement de guider les navires mais de porter secours à toute embarcation en difficulté et de nettoyer la rade des débris ou vestiges de naufrage.
pilote_bauchére-webPendant 3 siècles, ils ont navigué sur des chaloupes, à la rame puis à la voile, « à la concurrence » : premier arrivé au navire, premier à le «servir» en laissant son pilote à bord. Par gros temps, tout est périlleux, parfois fatal : la sortie du port, l'abordage du navire, la montée à bord par l'échelle de corde ! Au cours des siècles, combien de pilotes, marins et très jeunes mousses « ont fait leur trou dans l'eau...» ? Et une fois installé, il fallait guider sans faillir les équipages à travers les passes et les hauts-fonds.

Le monde des pilotes n'était décidément pas de tout repos. Aux tourbillons de l'estuaire, il fallait ajouter  le changement périodique des règlementations, l'absence de port en eau profonde jusqu'en 1899, la destruction des amers sur les rives (clochers, bois...), les rivalités entre pilotes, les catholiques et les protestants, ceux de l'amont (Blaye, Pauillac) et ceux de l'aval (Saintongeais) avant le partage du pilotage en 1919.

 

Portrait d'Antoine Beauchère, célèbre pilote royannais, qui guida Le Regulus, navire de guerre de 74 canons, dans l'estuaire en 1814, avant que celui-ci se saborde devant Meschers pour ne pas tomber aux mains des Anglais. Coll. Musée de Royan. Photo Daniel Beauchère.

 

En 1900, on comptait 16 chaloupes de pilotage à Royan et 8 à St-Georges-de-Didonne pour 60 pilotes et aspirants pilotes et autant de marins. Pas une photo du port de Royan sans les chaloupes et cotres de pilotage de la fin du XIXe, bande blanche sur la bordée de la coque, les lettres BX et l’ancre peintes sur la grand’voile. Rapides et sûrs, ces « bateaux sublimes », de l’aveu d’un charpentier de marine, régateront à Royan comme à Pauillac.

 
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Coll.GBO.

 

De 1920 à 1985, ils étaient stationnés sur des bateaux pilotes et gagnaient les navires en canot. La vie des pilotes et marins était rythmée par les fortunes de mer, parfois tragiques, parfois simplement mouvementées.  Lorsque le pilote, descendant de Bordeaux par mauvais temps, ne peut débarquer, il part alors avec le navire pour Lisbonne, Dakar ou New York !

 
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Photos Christian Mossant, ancien canotier

 

Aujourd’hui, les pilotes sont déposés à bord par hélicoptère ou vedette depuis Le Verdon. Le métier a changé, il est moins dangereux mais tout aussi exigeant : prendre les passes au plus près de la côte, éviter les bancs de sable et les hauts-fonds, rester sur un chenal de 150 m de large par endroits pour une largeur maximum d’estuaire de 10 km, choisir le bon moment de la marée lorsque la marge, pour les plus gros navires, peut se réduire à moins d’un mètre sous la quille, accoster enfin au cordeau avec des pétroliers et autres mastodontes.

 
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Dépose en hélicoptère. Coll.RLG.

 
 
 

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