Emile Gaboriau père du roman policier

Roger Bonniot

RogerBonniot

Originaire de Haute-Savoie, professeur d'histoire-géographie, Roger Bonniot enseigna entre l'Algérie et la France, fut détaché après-guerre comme Inspecteur de l'Education populaire puis à la Direction régionale de Marseille. En 1962, il s'installa en Saintonge et enseigna quelques années à Saint-Jean-d'Angely.
Retraité à Taillebourg, il soutint une thèse de doctorat à Bordeaux en 1969 sur «Courbet en Saintonge» puis se consacra à l'étude de la peinture et à l'écriture, notamment à la biographie. Emile Gaboriau fait ainsi partie des personnages «ressuscités» par Roger Bonniot.
Il publia de nombreux articles dans les journaux d'art ainsi que des ouvrages sur des peintres régionaux méconnus. Son livre «Gustave Courbet en Saintonge» fut couronné par l'Académie Française.

Membre de la société des Gens de Lettres, du Syndicat de la presse artistique française, l'écrivain était aussi membre de l'Académie de Saintonge dont il a occupé le poste de directeur adjoint.
Il est décédé en 2001.

 

Emile Gaboriau, «le père du roman policier»

Gaboriau

Roger Bonniot rend hommage en ces termes à Émile Gaboriau :

"Si l'existence d'Emile Gaboriau n'intéressa guère les historiens de la littérature jusqu'à nos jours et fut vite oubliée, par contre son œuvre fut constamment exploitée et appréciée par les générations suivantes. Elle fut rééditée plusieurs fois en volumes jusqu'à la dernière guerre et traduite en vingt-cinq langues (dans les bibliothèques publiques de Sibérie, c'étaient les livres les plus demandés). De nombreux jour­naux français et étrangers l'ont publiée en feuilletons encore de nos jours, ainsi dans Sud-Ouest, L'Affaire Lerouge en 1980. La plupart de ses romans dits judiciaires ont été portés à la scène, certains de son vivant, et, dès sa naissance, le cinéma s'en est emparé, en particulier aux États-Unis.
Rien qu'entre 1970 et 1980, la télévision française en a tiré quatre téléfilms (et un la télévision allemande), d'ailleurs tous contestables : Le Petit Vieux des Batignolles, Le Dossier n9 113 (sous le titre de Nina Gipsy), Monsieur Lecoq et La Corde au cou en six épisodes et, en Répu­blique fédérale, L'Affaire Lerouge.

Tous ceux qui ont quelque connaissance de la littérature du XIXè siècle, conviennent sans difficulté qu'Emile Gaboriau fut vraiment le créateur du genre et c'est un romancier anglais, lui-même, qui, en 1923, l'a surnommé «le père du roman policier».
Quant aux journalistes, qui, au lendemain de sa mort, prétendirent que le succès des romans policiers ne serait que passager et disparaî­trait avec lui, ils furent aussi mal inspirés que Mme de Sévigné, quand elle prédit que l'usage du café ne survivrait pas à son époque.
Gaboriau eut des continuateurs ou plutôt des imitateurs, en parti­culier un certain Boisgobey, qui publia, en 1878 un roman intitulé La Vieillesse de Monsieur Lecoq, où il mit en scène un policier retraité que l'auteur se montra incapable de doter des mêmes déductions géniales dont ce dernier avait fait preuve sous la plume de son créateur. En 1886, deux autres feuilletonistes, Busnach et Chabrillat, récidivèrent en publiant La Fi/le de Lecoq, roman qui débute par l'assassinat du célèbre policier, également dissimulé sous l'identité d'un paisible re­traité.

Des auteurs plus originaux leur succédèrent. Sans reprendre servile­ment les personnages créés par Gaboriau, comme l'avaient fait les précédents, ils bénéficièrent des procédés qu'il avait imaginés, allant parfois jusqu'à des outrances qui rendaient leurs héros moins crédibles que Monsieur Lecoq.
Ce fut d'abord un journaliste new-yorkais, John Russel Coryell, qui, à partir de 1884, publia en feuilletons les exploits d'un détective américain, Nick Carter, aventures qui obtinrent du public un succès prodigieux. Puis, en 1887, commencèrent à paraître ceux d'un détec­tive londonien, Sherlock Holmes, création d'un médecin écossais, Conan Doyle, romancier d'une riche imagination, mais qui fait résou­dre par son héros des affaires telles que la police n'en rencontre jamais et grâce à un enchaînement de déductions très contestables, si on les examine de près.
Bien que Conan Doyle n'ait pas caché tout ce qu'il devait à Gabo­riau, son œuvre ne tarda pas à supplanter celle de son prédécesseur. Elle le dut à la quasi-universalité de la langue anglaise, mais surtout au fait que ses récits, présentés sous la forme de nouvelles, permettaient de prendre connaissance à la fois de l'énigme policière et de sa solu­tion, alors que ceux de Gaboriau, pour parvenir à leur aboutissement, exigeaient la lecture de tout un volume ou de nombreux feuilletons. Jouait aussi en faveur des premiers l'étrangeté des actes criminels qui séduisait l'imagination de la plupart des lecteurs, peu soucieux de la désinvolture et la fragilité de la manière dont ils sont parfois résolus.

On comprend et excuse l'engouement du grand public, amateur de sensations fortes, pour les nouvelles de Conan Doyle, mais on reste surpris qu'admettent de telles faiblesses et négligent les récits plus vraisemblables de Gaboriau des lecteurs avertis, parfois eux-mêmes auteurs de romans policiers, ou, ce qui est encore plus surprenant, historiens de ce genre littéraire.
Sans doute ignorent-ils ce qu'en 1924 a écrit le docteur Edouard Locard, organisateur et directeur du laboratoire de police scientifique de Lyon, l'un des pionniers d'ingénieuses techniques policières : «Emile Gaboriau fut un créateur véritable, en ce sens qu'il fut le premier à décrire les mœurs policières sous leur jour exact. Pour la première fois le public trouvait dans un livre la description de ce que peuvent être une enquête, une filature, une arrestation, une descente sur les lieux... Il y aurait énormément à apprendre pour les agents de police dans la lecture de Gaboriau. Cinquante ans après sa mort, les méthodes pratiques cependant et nullement romanesques qui y sont décrites, sont inconnues des policiers». Le sont-elles toutes aujour­d'hui ?
Et, huit ans plus tard, c'est au tour de Valentin Williams, un romancier compatriote de Conan Doyle, de vanter l'œuvre policière d'Emile Gaboriau : «Se peut-il qu'on ne célèbre pas en France le centenaire de Gaboriau ? Il a pour nous, Anglo-Saxons, une impor­tance, considérable, car il est le véritable créateur du roman policier et il n'est pas un écrivain spécialisé de chez nous qui ne connaisse pres­que par cœur L'Affaire Lerouge ou La Corde au cou».

Des écrivains français — et non des moindres - ont également reconnu ses mérites : André Gide, Joseph Kessel, Jean Cocteau, Galtier-Boissière, pour ne citer qu'eux.
Si bien qu'on doit considérer comme incomplète et dépassée toute histoire du roman policier qui néglige de tenir compte de l'importance de l'œuvre de Gaboriau.
C'est donc à nous, Saintongeais, de lutter pour rendre à ce fils des Charentes la place qu'il mérite".

La biographie d'Émile Gaboriau

 
 

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