Mes saisons en Saintonge

Michel LisGrand reporter puis chroniqueur jardinier sur France Inter et Antenne 2, Michel Lis nous raconte la Saintonge où il a passé son enfance, au travers d'anecdotes, de courtes histoires, de conseils et de quelques mouvements d'humeur. Celui que l'on surnomme « Moustaches vertes » a plus d'un récit dans son tablier de jardinier voyageur. L'origine des plantes, réelle ou légendaire, les aventures des animaux des jardins, les impressions de saisons, dessinent un portrait bucolique du Pays de Saintonge.

 

Extrait : Où sont nos hivers d'antan?

De ces hivers rutilant des baies du houx et des cynorhodons de l'églantier. De ces hivers dorés comme la fumée sortant des « huguenotes » qu'on rapportait du four du boulanger et qui, dans leurs flancs rebondis, dissimulaient les trésors du savoir-faire culinaire de ma grand-mère Émilienne.

hiver d'antant

Les jours de l'hiver n'étaient pas blafards et tristes mais sonores et colorés. Le bois sec qui « pétait » en myriades d'étincelles dans l'âtre de pierres cendrées, les flammes hautes comme des lis de couleur, le grillon invisible échappé du fournil du père Poirier, et qui était venu passer l'hiver chez nous, caché entre deux poutres du plafond, juste là où pendait le reste du jambon de l'an passé, étaient comme autant d'éléments du blason familial.
On tuerait le cochon dès le premier grand froid, afin que la viande « caille » bien, en janvier ou février.
Où sont nos hivers d'antan ?
On se réveillait dans le petit matin encore noir. La chambre était entourée de silence, comme un tombeau. La buée sur les vitres, où le gel avait dessiné des forêts de givre, nous empêchait de voir que durant la nuit la neige avait tout recouvert. Le paysage figé n'était plus qu'une page blanche où une main mystérieuse avait tracé à coups de fusain l'esquisse d'un dessin d'artiste.
Ce n'était plus le moment de « lambiner ». Vite sauter à bas du lit, faire une toilette de chat à l'eau froide, distribuée par une « cassotte » galvanisée dont chaque goutte éclatait sur la pierre en mille cristaux, avaler le bol de café au lait fumant, posé par grand-mère sur le coin de la table, la tartine trop grosse, disparaissant sous une épaisse couche de crème de lait... à peine le temps de regarder grand-père retirer de la cendre du foyer une drôle de pince à moustache, un fer à friser brûlant qui lui donnait l'allure fière d'un vieux Gaulois comme celui dessiné dans le livre d'histoire de M. Lavisse... Personne ne restait à la traîne. Il fallait vite courir dehors pour voir, pour toucher la neige de l'hiver ! Sur la margelle du puits nous allions déchiffrer l'écriture runique laissée par le piétinement d'une fauvette ou d'une mésange, si drôle avec son béret noir d'écolier vissé sur la tête.
C'est dans ces incantations mystérieuses que nous découvrions le vrai secret de l'hiver chez nous. Tout en bas du jardin le ruisseau avait gelé, emprisonnant dans la glace quelques feuilles et brins d'herbe. On aurait dit la plombière que l'été mes parents m'emmenaient manger le soir à la terrasse de chez Tamisier, à Royan.
Ce n'était pourtant pas le temps des souvenirs.
La première glissade était certes encore hésitante mais nous avions fière allure dans nos pèlerines de drap noir, retenues au cou par un cache-col de laine aussi rouge que le jabot du rouge-gorge. Le moment était venu des arabesques. Celles dessinées par le gel sur une toile d'araignée qui barrait encore le chemin, celles que nous tracions en sabots ou en galoches, dans les fossés pleins de neige. On enfonçait parfois jusqu'aux genoux, mouillant des chaussettes qui mettaient des heures, le soir, à sécher en fumant, suspendues à la barre de cuivre de la cuisinière.
Lointaine était l'école. Les merles en sarrau noir avaient beau claquer du bec pour nous rappeler à l'ordre, c'était l'empreinte fraîche d'un renard qui, cette nuit, avait dû rôder autour du poulailler. Flambeau avait d'ailleurs aboyé durant des heures et cela nous avait servi de première leçon de choses.
Saintonge dorée, Saintonge bleue, Saintonge verte, d'écume et d'argent, de neige et de sable, tes hivers me font toujours chaud au coeur. Ils étaient le temps de mon enfance. Celui aussi de la « rôtie » brûlante qu'on savourait au matin dans un verre de Bernache, de la locomotive du P.O. « brûlant » la gare où je suis né.
Des hivers de cannelle et d'armoise amère dont le parfum, aujourd'hui encore, demeure bien plus fort dans la mémoire que celui de la madeleine de M. Proust !

Extrait de Mes Saison en Saintonge, anecdotes, histoires, conseils et humeur
de Michel Lis "Le Jardinier" aux Editions Bonne-Anse

 

 

 
loti

Didier Catineau, Préface à la manière de Pierre Loti,
Juin 2009


Du plus loin de mon éternité, je n'en conserve pas moins un regard attentif sur ma Saintonge. Celle que j'ai aimée, celle que j'ai défendue et celle vers laquelle je revenais toujours après ces voyages autour du globe. Mon esprit est toujours attaché et vivace dans les rues de Rochefort, dans les bois d'Echillais, les dunes d'Oleron et la forêt de la Roche Courbon. Tous ces endroits représentent pour moi des rencontres, des douleurs et des joies intenses ponctuées de solitudes irrépressibles que seule la nature pouvait adoucir.  La brise était vivifiante et délicieuse. Sous le vent des marais cela sent le sel, le goémon et la violette. Dans le vent des dunes, cela sent le sable, les oeillets roses et les immortelles. Oleron où je réside à présent était sauvage, âpre. Les arbres sont rabougris, couchés par le vent. Dans les bois de l'île fleurissent des lentisques, des plantes d'Algérie. Il y a du vent, un temps sombre et triste, des petits villages isolés et sur les dunes croît la flore des sables marins, les larges fleurs très parfumées agitées par un souffle du large, ce large qui confine à l'immensité des mers.

Du plus loin de mon éternité, je n'en conserve pas moins un regard attentif sur ma Saintonge. Celle que j'ai aimée, celle que j'ai défendue et celle vers laquelle je revenais toujours après ces voyages autour du globe. Mon esprit est toujours attaché et vivace dans les rues de Rochefort, dans les bois d'Echillais, les dunes d'Oleron et la forêt de la Roche Courbon. Tous ces endroits représentent pour moi des rencontres, des douleurs et des joies intenses ponctuées de solitudes irrépressibles que seule la nature pouvait adoucir.  La brise était vivifiante et délicieuse. Sous le vent des marais cela sent le sel, le goémon et la violette. Dans le vent des dunes, cela sent le sable, les oeillets roses et les immortelles. Oleron où je réside à présent était sauvage, âpre. Les arbres sont rabougris, couchés par le vent. Dans les bois de l'île fleurissent des lentisques, des plantes d'Algérie. Il y a du vent, un temps sombre et triste, des petits villages isolés et sur les dunes croît la flore des sables marins, les larges fleurs très parfumées agitées par un souffle du large, ce large qui confine à l'immensité des mers.

C'est Michel Lis qui m'y fait soudain repenser. Je sais son amour des plantes, son regard pétillant sur la nature et sa manière de défendre notre Saintonge me touche véritablement. J'ai fait navale avec son arrière-grand-père et il me semble bien que, chez les Lis, cet amour viscéral de la nature passe les générations et se perpétue. Mon éternité se meuble de petites joies infimes que ma mémoire restitue. Les orages effroyables de la Limoise réapparaissent avec les nuages cuivrés et dans l'air, ces zigzags de feu courant en tous sens. Les bois de chênes, la plaine des bruyères résonnaient de ce tintamarre et des druides autour de l'autel s'abîmaient dans des incantations tempétueuses. Et quand ce tumulte cessait, les hérissons couraient après les escargots et j'ai retrouvé cette image si tendre dans les pages de ce beau livre que je préface par plaisir d'être Saintongeais et de le faire savoir au-delà de mon néant si habité.

Michel Lis est un aventurier comme moi. J'ai parcouru les mers et les océans et Michel Lis navigue, comme il l'écrit parfaitement, sur un océan de fleurs, en solitaire. « Car le jardinier décide en maître et cependant doit se résigner à mourir en apprenti. La nature doit inciter à la modestie, à la tolérance, à un humanisme qui seul nous permet de vivre avec les autres, quels que soient les grades et les qualités ». Ces deux phrases, je viens de les extraire des « Carnets saintongeais » de Michel Lis et je les relis avec une jubilation certaine. Je n'ai jamais rien dit d'autre en décrivant cette nature singulière et ses émerveillements incessants. Dans d'étroits sentiers, en franchissant quelques ravins, j'ai découvert des arbres qui font de la nuit verte, hauts, sveltes, groupés en gerbe, à la manière d'un bouquet de bambous. Les roseaux jaillissent de souches si vieilles et si hautes qu'on les dirait montées sur un tronc, comme les dracénas ; de même pour la plus grande de nos fougères, l'osmonde, qui y semble presque arborescente. C'est la région des mousses prodigieuses, qui sur toutes les pierres du sol imitent des plumes frisées. Bien sûr, dans un jardin, on ne peut retrouver ce monde de la Roche Courbon et de sa forêt aux senteurs délicieuses et aux étreintes fugaces. Mais, ma pudeur bue, je ne peux m'empêcher de sourire aux évocations des graines d'orties pulvérisées et mélangées à du poivre et du miel qu'utilisait la Florentine Catherine Sforza ou aux qualités et vertus des artichauts dont Henri viii, ce passionné, raffolait. Car descendre dans le jardin de Michel Lis, c'est aussi synonyme de séduction et de partage. Tout comme mon jardin de Rochefort avec son bassin, ses fleurs et ses végétaux. Ces fleurs que j'enfermais soigneusement dans des livres ou que je consignais dans de mystérieuses boîtes à souvenirs parce qu'y étaient liés intimement ces moments de séduction et de partage qui ont émaillé toute ma vie.

 

 

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