Christian Mossant

Je peux dire que la rivière est mon berceau ! Du côté de ma mère, mon grand-père était pilote. Mon grand-oncle aussi, qui s'est noyé à bord du cotre pilote La Revanche, avec 5 marins de Pauillac, en 1894. Mon père était gabarier et patron armateur. Ensuite, il a fait 20 ans de carrière au pilotage. Dans les années 1800, mes arrière-grands-parents avaient été constructeurs de bateaux et gabariers, basés à Port-Maubert. Ils faisaient le transport du vin, du foin, des patates et de tout ce qu'on ne pouvait pas transporter par la terre. Il y avait là trois ou quatre familles, et ceux qui ne faisaient pas le transport faisaient la pêche à l'esturgeon.

 

J'ai été canotier au pilotage pendant une vingtaine d'années, après avoir été mousse à bord des bateaux pilotes, et cela depuis l'âge de 14 ans, en 1953. Le bateau pilote était un bateau station, à hauteur de la bouée BXA, au large de Cordouan. Il y avait à bord une vingtaine de marins et des pilotes et nous passions 12 jours en mer. Tous les 6 jours, nous allions faire des vivres à Royan. Quand un navire se présentait, montant vers Bordeaux, on allait au-devant de lui en emmenant un pilote dans un canot à avirons. On nous appelait les canotiers. Quand un navire revenait, on allait de même récupérer le pilote, et ce, par tous les temps... ou presque. Parfois, la mer était trop mauvaise et le pilote repartait avec le navire, à Lisbonne ou à New-York... Les canots faisaient 4 m-4,20 m, avec, dans le milieu du banc, un petit décrochement où on mettait la lanterne à carbure. Le danger était souvent présent et il y a eu de nombreux naufrages et des disparus, parmi les canotiers et parmi les pilotes. Le plus connu d'entre eux a été Émile Rivière, car on a donné son nom au dernier bateau pilote en activité*. Malgré tout, la vie à bord était chaleureuse et j'ai pris plaisir à la photographier pour en faire profiter ma famille et mes amis.

*L'Émile Rivière a repris du service sous les couleurs de Greenpeace et le nom de Rainbow Pacific.

 

Notre métier était dur, mais ce n'était rien à côté de la vie de ceux qui nous ont précédés à la voile. De sacrés bonshommes. Quand on pense qu'une fois les pilotes à bord, de jeunes mousses de 16 ans, de 15 ans, ramenaient les cotres à Royan ou à Saint-Georges, quand même ! Ils ne faisaient pas un métier d'épicier ! Je pense à eux chaque soir en regardant la grande maquette de cotre pilote que je possède, qui date de 1850, et c'est un pilote de Pauillac qui l'a donnée à mon père.

 

Propos recueillis par Bernard Mounier.

 
 

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