Nadu Marsaudon

Né à Royan en 1933, Nadu Marsaudon est un artiste inspiré tant par le Surréalisme et l'écriture automatique que par les cultures des pays qu'il découvre lors de nombreux voyages. Graphiste, peintre et dessinateur accompli, il réalise logotypes, affiches et maquettes pour l'entreprise, en parallèle de son abondante production artistique ; il est également réputé pour son travail d'architecte, décorateur et scénographe. Il a profondément marqué la région et les esprits par ses créations, son talent, sa sensibilité et sa simplicité. Nadu Marsaudon fait partie de « Expo 5 », un collectif d'artistes de Charente-Maritime qui décidèrent d'exposer ensemble à partir de 1963.

 

Histoire d'un tableau, histoire des Yakoutes

Les Yakoutes

La réalité

J'étais un petit, très petit enfant lorsque je vins la première fois en ce lieu avec ma tante chérie. Jeanne, la sœur de ma mère, m'adorait comme son propre fils. Elle était couturière et un jour d'essayage à domicile, elle m'amena avec elle. C'est ainsi que je découvris cette extraordinaire atmosphère lumineuse et colorée, chaude et silencieuse, luxueuse à l'excès.
Ce qui m'impressionna lors de ces visites, et ce pourquoi j'en garde un souvenir intime, fut ces grandes plantes vertes au graphisme retombant, tellement belles et nostalgiques. Et aussi les grands canapés rouges sur lesquels des dames alanguies semblaient rêver tout en fumant de très longues cigarettes.

Nous revînmes plusieurs fois finir les essayages des robes de ces dames, ma tante à genoux devant elles, la pelote d'épingles au bras, arrondissait à la perfection le bas de robe ou l'ajustage de la manche. Moi, assis sur l'un des canapés, entre deux dames, gavé de bonbons et de pâtisseries, j'étais adulé et câliné en attendant que tante Jeanne achevasse son travail. Le nom de cette villa m'intriguait un peu aussi... «Le clair de lune».

Le rêve

Je suis avec ma tante Jeanne, de la Plage de Foncillon en montant l'avenue de Pontaillac, très précisément au n°30. Un immeuble épargné par le bombardement se détache, étrange, dans un environnement de ruines. Je franchis le seuil presqu'en automate. Rapidement et sans réflexion j'entre dans cette demeure singulière où l'atmosphère ouatée et claire apaise ma nervosité.
Une immense étendue sans relief, blanche de neige, ensoleillée et froide, s'étale jusqu'à l'infini. J'avance comme à tâtons dans ce désert hallucinatoire et ces images chaotiques indifférenciées, si foisonnantes qu'aujourd'hui encore il est difficile d'en démêler les écheveaux. Le vent brusquement chasse la blancheur du ciel, et là, tels des dolmens mirifiques, trois femmes empruntées aux mythes me toisent de leur arrogance intraduisible. Inertes, hiératiques, terriblement secrètes et soumises. Elles exhibent avec ostentation leur féline appartenance à la fornication (je suis dans le piège des croyances, envoûté par des nymphes nyctalopes).
Bref ! à la lisière périphérique de l'infini... trois Yakoutes...
(Ce nom m'est donné par la Léna, qui est un fleuve langoureux, et par le paradis septentrional, situé dans ces hautes toundras de glace, que les Tibétains appellent le Shambala.)
Trois Yakoutes, dis-je, dont les noms s'épellent avec des notes de musique. Immenses et odorantes, semblables à des courtisanes bègues, nues, à moitié nues, et parées de bijoux inspirés par la salive.
Le texte ci-dessus est la transcription émotive d'un souvenir d'enfance réel et d'un autre souvenir rêvé lui faisant suite. Les deux souvenirs furent séparés de plusieurs années. Le tableau reproduit ici illustre ce souvenir rêvé d'il y a très longtemps, et le fait que le rêve peut-être plus important que la vie même.

 
 
 

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