À Royan comme à Los Angeles

Le café des bainsLe cinéma à Royan avant Couzinet

Dès l'été 1896, le cinématographe est installé au tout récent casino municipal de Royan. La Gazette des Bains de Mer de Royan relate la première séance : « [...] les photographies animées du véritable cinématographe Lumière, qu'il ne faut pas confondre avec les imitations défectueuses qu'on rencontre un peu partout, sont celles qui font courir Paris à l'Olympia et au Grand Café. Aux scènes irrésistibles de « La sortie des ateliers », de « L'arrivée du train », de « La charge de la cavalerie », du « Mur qui s'écroule », il vient d'être ajouté une série on ne peut plus curieuse des scènes du Couronnement du Czar [...]».  

Dans les années 1900, l'American Bar du square Botton ouvre lui aussi sa salle. Près du marché, une salle de patronage organise des séances pour les enfants le jeudi après-midi, qui rient devant les aventures de Max Linder. En 1912-1913, le célèbre Café des Bains présente des films américains. De nombreuses brasseries se mettent au cinéma partout en France, voyant-là un moyen de faire rester la clientèle plus longtemps et d'augmenter leurs recettes. 

Le cinéma forain est présent à Royan dans les années 1920, sur le champ de foire installé durant les trois mois d'été. Le cirque Pinder notamment projette les films de Georges Méliès, moyennant quelques sous.

Puis de véritables salles entièrement dédiées au cinéma voient le jour. Les plus connues à Royan avant la Seconde Guerre Mondiale sont : 

  • le Royan Cinéma, probablement actif entre 1914 et 1932 ;
  • le Cinéma Pathé, renommé Olympia en 1927. Il ferme ses portes en 1930 ;
  • le cinéma du Casino de Foncillon, détruit par les bombardements de 1945 ; 
  • le Lumina-Ciné, renommé le Vox-Lumina ;
  • le Trianon, lui aussi détruit en 1945 ;
  • le Paris-Ciné, devenu le Sélect-Paris-Ciné ;
  • le Gallia-Palace, au Casino municipal. 

1930-1932 : Couzinet investit à Royan

L'entre-deux-guerres est marqué par une succession de crises économiques. La reconstruction coûte cher, l'endettement, et l'inflation sont élevés. La crise de 1929 ne touche la France qu'à partir de 1931 et se prolonge jusqu'en 1938. Les stations climatiques, thermales et balnéaires sont en déclin, le tourisme est en berne. Les industries de luxe, en particuliers les casinos, en subissent de désastreuses conséquences. 

Le casino municipal de Royan n'échappe pas au marasme. En janvier 1932, la Société des Casinos de Royan est obligée de faire appel aux actionnaires pour augmenter son capital. De nouvelles actions de 125 francs au porteur sont à pourvoir. Un bordelais peu connu, Émile Couzinet, tout juste directeur général du casino, achète suffisamment de titres à l'entreprise pour devenir son administrateur général.

1932-1935 : un notable royannais redonnant du lustre à la station balnéaire 

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Royan s'est sortie plus rapidement de la crise économique que les stations du nord de la France en diversifiant ses activités. 

La municipalité de Royan et les acteurs locaux prennent ainsi conscience de l'importance d'améliorer les infrastructures, notamment le bac traversant la Gironde, ainsi qu'un aérodrome. Une route parcourant la forêt de la Coubre est aussi créée.

Le casino municipal de Royan parvient petit à petit à sortir de la période difficile en proposant un plus large éventail d'animations. Ainsi, les chiffres d'affaires des salles de spectacle, du cinéma, du dancing et du café compensent le déclin du jeu. L'ensemble de ces équipements lui confère une mainmise sur les loisirs royannais. Des événements d'importance y ont lieu. Ainsi, « Marius », le célèbre film de Marcel Pagnol, est diffusé en mars 1932. Début août 1932, la « Grande fête de l'élégance et de la mode » attire les félicitations de tous. Du 14 au 21 août 1932, deux comédies sont projetées au casino : « Mon Curé chez les riches » et « Le champion du régiment ». Couzinet utilisera d'ailleurs les titres de ces deux films pour l'une de ses réalisations futures : « Mon curé champion du régiment ».

Le casino annonce de plus en plus de spectacles, la salle de cinéma affiche complet à chaque diffusion. Les célébrités sont attirées par la cité charentaise, comme Danielle Darrieux, Janine Darcey, Henri Decoin ou encore le célèbre Sacha Guitry en août 1933.  

Couzinet devient un notable royannais dont l'influence et la réussite provoquent quelques éclats. Il est pourtant un incontournable acteur de la mise en valeur de la station et les Royannais le félicitent dans la presse pour son dynamisme. 

 

1935-1937 : lors des élections municipales de 1935, l'homme d'affaires élargit son influence

Le directeur du casino municipal de Royan est de plus en plus populaire et très sollicité. Il s'est désormais fait un nom à Royan et il ne lui reste plus qu'à briguer un mandat municipal. Lors des élections des 5 et 12 mai 1935, la liste sur laquelle il est inscrit est élue et il devient conseiller municipal. La même année, il obtient un siège au syndicat d'initiative de Royan.

1937-1945 : les studios de cinéma « Royan Côte de Beauté » tournent à plein régime

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Dans « Le Cri de Royan » du 5 août 1937, Couzinet annonce vouloir créer des studios de cinéma. Il décide en effet d'implanter ces installations dans les anciens entrepôts et magasins du casino de Royan, dans l'actuelle rue Pierre et Victor Billaud. Les studios « Royan Côte de Beauté » font de la ville la quatrième à en être dotée en France et la seule de la côte atlantique. Les autres installations sont « les Butte-Chaumont », « Billancourt », « Joinville » à Paris, « la Victorine » et « le Nicéa » à Nice et les studios de Marcel Pagnol à Marseille. Royan devient, toutes proportions gardées, le Los Angeles de la côte atlantique. Les studios comptent cinq plateaux, une piscine, et un éclairage de 1 500 ampères.

Le cinéma monopolise l'actualité royannaise. La réalisation de ces films suscite une animation très remarquée. La figuration fait appel aux ressources locales par des concours tels que « Miss Cinéma » ou « Miss saison d'été », qui enchantent habitants et vacanciers. 

À l'aube de la seconde guerre mondiale, Émile Couzinet, scénarise et réalise le « Club des fadas », sorti en mars 1939. En 1940, Royan est occupée par la Kriegsmarine allemande. Malgré le lourd contexte, il tourne des films et crée l'événement à chaque fois. Il sort trois longs métrages durant cette période, « L'intrigante », « Le brigand gentilhomme » et « Andorra ou les hommes d'Airain », qui reste en salle 50 semaines ! Pour réaliser ces films, il transforme la Burgus Films en société de production, et conserve la Gallia Cinéi en société de distribution. 

À chaque film, Couzinet ne manque pas de mettre en valeur le nom des studios « Royan Côte de Beauté », familiarisant ainsi le public à cette nouvelle appellation touristique. Il fera de même avec le nom « Charente-Maritime », qui supplante avantageusement « Charente-Inférieure » en 1941. 

Couzinet, directeur de casino, conseiller municipal, homme de cinéma, devient ainsi le meilleur publicitaire de Royan !  

1945-1949 : reconstruire

Les ruines du Casino

Les bombardements du 5 janvier 1945 anéantissent la ville, y compris le casino municipal et une partie des studios. Couzinet, en homme d'action, tente de redonner vie à Royan en organisant des projections dans une salle provisoire. Puis il décide de filmer les décombres dans un documentaire intitulé « Royan, cité martyre ». Il le présente lors des soirées caritatives qu'il organise en tant que Président de l'Union des sinistrés de Royan à Bordeaux. Il est notamment projeté à Paris au théâtre national du Palais de Chaillot, en ouverture du Gala de Royan, en présence des vedettes de l'époque.

Couzinet se pose cependant la question de la reconstruction du casino municipal. Toujours actionnaire majoritaire de la Société des Casinos, Couzinet prend en charge le dossier de sinistre et les 300 millions de francs dédiés à la reconstruction d'un tel équipement. 

Le projet est retardé par un conflit juridique entre la Société des Casinos et la municipalité, avant d'aboutir au bâtiment conçu par Claude Ferret, inauguré en 1961. Couzinet s'était alors désengagé depuis un moment, sa conception d'un casino et de son architecture étant radicalement opposée au projet retenu.

Parallèlement, il décide de reconstruire des studios de cinéma. Royan a cependant à jamais perdu son visage d'avant-guerre. Il les installe à Bordeaux, qui accueille déjà plusieurs de ses sociétés et une grande partie de son réseau de salles de cinéma.

 

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