Pierres précieuses

Perçu comme un élément mineur lorsqu'il est associé à des matériaux comme le bois, la brique et la céramique, le décor sculpté de la fin du XIXe siècle se révèle d'une étonnante richesse. À cette époque, où l'éclectisme est à son apogée, il engendre une variété infinie de formes. Ainsi, une citation académique peut côtoyer un clin d'œil novateur. Il en résulte un savoureux mélange d'influences auquel peut s'ajouter l'emploi de savoir-faire contradictoires puisqu'il n'est pas rare de proposer, vers 1890, outre les techniques traditionnelles de sculpture, des décors gravés, en particulier sur les linteaux des baies. Cette étonnante créativité se prolonge jusque dans les années 1930, avec la production de Maurice et de Robert Senusson, deux frères qui excellent aussi bien dans la stéréotomie que dans le rendu des formes sculptées. Beau sujet d'étude encore en friche, la sculpture royannaise de la charnière des XIXe et XXe siècles souffre d'une cruelle indigence documentaire. En effet, si les corporations des architectes et des entrepreneurs locaux sont aujourd'hui assez connues, il n'en est pas de même des sculpteurs. Cette méconnaissance vient du fait qu'ils n'ont signé aucune de leurs œuvres, excepté les monuments funéraires, mais elle est également le résultat d'une tradition qui veut que le sculpteur n'intervienne qu'en vertu de marchés secondaires conclus avec l'architecte, y compris dans le cas de chantiers publics. Pour ces raisons, il est aujourd'hui difficile de retracer la carrière de personnages comme Jean-Adrien Barbot (1849-1907), Jules Jeu (1878-1953) ou la dynastie des Cougrand, auxquels Royan doit sans doute beaucoup.