Matériaux voyageurs

Architecture de liberté qui s'affranchit du carcan des règles académiques établies sous le règne de Louis XIV, l'habitat des villes d'eaux invente d'autres formes, souvent mises en valeur par l'utilisation de matériaux nouveaux. Enfants de la Révolution industrielle, briques rouges et vernissées, tuiles mécaniques, céramiques décoratives ou éléments métalliques ne peuvent être mis en œuvre de façon massive sur la côte de Beauté qu'après 1875, quand la gare de chemin de fer de Royan est inaugurée. C'est grâce à ces matériaux voyageurs, que l'on retrouve jusque sur les murs latéraux de la chapelle Notre-Dame des Anges, à Pontaillac, que la polychromie fait une entrée particulièrement remarquée dans l'architecture balnéaire. Vite adoptés par les « baigneurs », qui trouvent là un moyen d'assouvir à moindre coût leur soif de modernité et de paraître, les matériaux voyageurs connaissent un franc succès, ce qui amène nombre d'entrepreneurs locaux à proposer des produits susceptibles d'assurer leur renommée en exclusivité. C'est ainsi que les frères Ricoux mettent en avant les céramiques qu'ils vont chercher en Espagne, tandis qu'un peu plus tard Maurice Senusson devient l'homme des villas bleues. Mais le développement de la voie ferrée permet également de faire réaliser des éléments à distance, comme les grilles de la villa Aigue Marine, exécutées dans l'Aube, ou le saint Joseph de Notre-Dame des Anges, qui a vu le jour à Angers, en 1892, avant de rejoindre Royan par le train !