de Borodaewsky Sonia

Texte de Guy Lormeau

La France a parfois comme l'Angleterre une remarquable ingratitude vis-à-vis des gens remarquables qui la font progresser. Ingratitude due bien évidemment à la nullité et l'incompétence de ceux qui ne pouvant leur arriver à la cheville cherchent à les enterrer dans l'oubli, Sonia de Borodaewsky est de ceux-là. Relever cette injustice est un devoir.

Elle est née à Saïgon le 21 août 1926 d'un père russe issu d'une famille de grande noblesse dépouillée et ruinée par l'arrivée des révolutionnaires. Mariée à un officier de marine décédé, elle aboutit à Royan où elle écrit un livre racontant sa vie et sa lutte appelé "la houle". C'est à l'occasion d'un reportage de mon amie Dominique Roger que je fis sa connaissance. Sonia avait deux buts dans la vie : récupérer les terres de sa famille (encore sous le régime communiste ! !) et sa passion pour la mer qui lui fit lutter pour que les femmes puissent naviguer avec les mêmes droits que les hommes, chose impossible en France à cause de la loi Colbert. C'est cette dernière volonté qui lui vaut de figurer parmi les personnages importants de Royan.

Douée d'un tempérament à la Russe, d'une solide constitution et d'une remarquable intelligence ainsi que d'une grande culture, elle avait ainsi tous les atouts qui lui permirent de réussir. Notre première rencontre ne fut pas triste, Dominique vint me chercher me disant que nous devions embarquer le lendemain avec Sonia sur le Rodolphe Maryse (son premier bateau). Elle voulait me la présenter et accessoirement que j'assure sa sécurité car elle n'avait pas le pied particulièrement marin, ce qui n'a rien de très étonnant quand on embarque en hauts talons avec 2 sacoches d'appareils photo fragiles et un bloc pour prendre des notes.


Borodewski Sonia et son bateauLe bateau prit vite des couleurs, Sonia étant rouge de plaisir d'avoir une journaliste à bord et Dominique verte du comportement du bateau.
Faire une bonne pêche dans ces conditions était assez aléatoire. Sonia avait la tête ailleurs, son marin dit "mimi" en profitait pour se désaltérer et je devais, pour ce qui me concerne, remonter le chalut en veillant à Dominique alors que je ne savait pas trier le poisson sur le pont. Grâce à Dieu tout se passa bien et je pus faire plus ample connaissance au quartier général du capitaine Sonia qui se trouvait au Gaillac . Nous devînmes très vite des amis, son intelligence, sa personnalité et la foi dans sa réussite m'enthousiasmèrent malgré son insistance à me demander d'intervenir auprès du quai d'Orsay pour récupérer ses terres russes sous le prétexte que j'avais des travaux à réaliser pour ce ministère. À chaque fois que j'arrivais de Paris (4 ou 5 fois par an), j'avais droit à des reproches car elle n'admettait pas qu'on ne puisse lui rendre ces domaines perdus. Par contre, outre son travail de pêcheur et l'arrivée de 5 enfants qu'elle élevait seule, Sonia se battait comme un diable contre l'inscription maritime, l'indifférence de la presse et la chape de plomb de l'administration. Son but était que les femmes puissent bénéficier des mêmes droits que les hommes sur un bateau c'est-à-dire d'être légalement inscrites sur le rôle d'équipage, ce qui leur apporterait salaire, sécurité sociale et retraite au même titre qu'eux.
Elle finit par vaincre à elle seule et à surmonter tous les obstacles en utilisant un biais que personne n'anticipa.
Elle obtint de se faire légalement inscrire non comme marin mais comme mécanicien de la marine. Elle pouvait alors être inscrite sur le rôle d'équipage. Colbert était vaincu !

A partir de là il y eut jurisprudence. Et les femmes qui naviguent à bord du seul porte-avion français, comme les femmes de pêcheur désormais rémunérées le doivent à Sonia. Son livre "La houle" est une œuvre très bien écrite, directe, racontant sa vie de femme et sa lutte.
Elle eut trois bateaux sur lesquels j'ai pêché chaque fois que j'arrivais de Paris, le Rodolphe Maryse perdu corps et bien avec Mimi à bord, le Volontas Dei et le Tantaé lorsqu'elle connut un vrai pêcheur : Amédée Delouteau, né à la Cotinière, grand professionnel en lutte permanente avec les mareyeurs. Comme il était pourvu d'une jambe artificielle, son surnom sur le port et au Gaillac était "patte d'alu". C'est lui qui dessina et fit construire le Tantaé, chalutier de 14 mètres qui fut un temps le plus beau de Royan et dont la proue très surélevée permettait de trier le poisson sur le pont à l'abri des vagues. Le nom trouvé par Sonia et qui fut le bateau de sa victoire n'est pas Polynésien, mais est le raccourci de la phrase latine "et tant il est difficile de vaincre".
Lorsqu'il connut Sonia, Amédée s'occupa remarquablement de ses cinq enfants sans jamais poser de questions. Sonia est décédée il y a 3 ou 4 ans à Meschers où ils s'étaient retirés. Amédée doit être toujours en vie mais comme tous les vrais marins il n'est guère bavard.

Plus d'informations

Sonia embarque le journal télévisé en 1966

http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CAF94021142/femme-patron-pecheur-a-royan.fr.html


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