Picasso, Pablo Ruiz

Malaga, 1881 - Mougins, 1973
Peintre le plus célèbre du XXe siècle.
Venant de Paris dans son Hispano-Suiza, Picasso se réfugie à Royan le 2 septembre 1939 avec son secrétaire Jaime Sabarthès, son amie Dora Maar et son lévrier afghan Kasbeck. Le lendemain, c'est la déclaration de guerre et des affiches lui apprennent que depuis le 25 août, Royan, ville côtière, est interdite aux étrangers ; aussi, il doit repartir à Paris pour obtenir les autorisations nécessaires.
Il s'installe à l'hôtel du Tigre, au coin des boulevards Clémenceau et Albert I°. Il est venu à Royan pour rejoindre une autre amie Marie-Thérèse Walter et sa fille Maya, qui sont en vacances et habitent la villa Gerbier des Joncs, un peu plus loin au coin des boulevards Albert I° et Bel Air. Il y loue une chambre, où dès le lendemain il se met à dessiner car la clarté nouvelle lui donne envie de traduire en couleurs la sensation qu'il éprouve. Il partage son temps entre ses deux maîtresses et apprécie cette ville-plage faite pour les vacances, l'insouciance, le bonheur, le fabuleux décor de théâtre de cette ville anachronique avec ses hôtels en pâtisserie qui lui donne la curieuse impression de vivre dans un autre monde, le marché qu'il nomme "l'exposition" où il aime à voir les étalages et une petite boutique de brocanteur qui est un cimetière de souvenirs domestiques. Dès les premiers jours de 1940, Picasso loue un large atelier très clair au troisième étage de la villa Les Voiliers, l'ancien hôtel Palace ou Bristol sur le boulevard Thiers, à Andrée Rolland* qui a écrit le récit de sa rencontre avec le peintre, où aucune de ses maîtresses n'est autorisée à pénétrer.
Picasso a du mal à s'adapter à la lumière éclatante qui y règne et la beauté de la vue de son atelier l'inspire peu car il n'est pas un paysagiste, aussi il peint très peu. Il se contente de remplir de nombreux cahiers de dessins (le plus beau a été publié par les Cahiers d'Art) marqués par son inquiétude devant la situation qu'il suit de près , écoutant le communiqué militaire au café Régent en sirotant de l'eau d'Évian. Ses dessins représentent des têtes de moutons écorchées qu'il achète pour nourrir Kasbeck, des têtes de mort, des chevaux réquisitionnés par l'armée amenés vers l'abattoir situé près de la Villa Gerbier des Joncs, des nus et surtout de très nombreuses têtes féminines déformées, par haine de Dora Maar qu'il battait souvent, mais où le folklore local balnéaire et maritime est très peu présent. On peut noter parmi ses œuvres de l'époque Les Soles et L'Araignée de mer, peints lors d'un voyage à Paris, mais inspirées par la nostalgie du marché royannais, Le Boueur qu'il voit de sa fenêtre en train de vider les ordures dans sa charrette, un curieux portrait de Sabarthès en costume espagnol du XVI° siècle avec un visage déformé pour lui donner du mouvement, et l'atroce et monstrueuse Femme nue se peignant, l'une des toiles capitales de cette période, qui représente une baigneuse au corps rebutant, avec la tête déformée de Dora Maar, assise au bord de la mer. Pablo Picasso peint surtout le 15 août 1940 son plus célèbre tableau de Royan Le Café des Bains, l'un de ses rares paysages qui est la vue depuis son atelier des Voiliers. Le soir même, une balle est tirée dans l'appartement situé au-dessous de son atelier, cette affaire attire l'attention de la police et des occupants sur la condition d'étranger de Picasso, déjà en bute à la méfiance des édiles xénophobes de la mairie, et il doit quitter définitivement Royan le 24 août 1940.

Guy Binot

Jaime Sabarthès - Picasso, portraits et souvenirs - Paris - L. Carré et M. Vox, 1946
A. Rolland - Picasso et Royan aux jours de la guerre et de l'occupation - Royan - Imp. Nouvelle, 1967


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